Une expérience enrichissante aux Gonaïves
L’expérience de la formation organisée par le Réseau haïtien des journalistes de la santé (RHJS), en août dernier, sur le programme WASH (eau, hygiène et assainissement), à l’intention d’une vingtaine de journalistes aux Gonaïves, est l’une des plus gratifiantes pour un formateur.
Les échanges dynamiques sur les sujets abordés ont amené les participants à porter un autre regard sur les problèmes auxquels fait face la Cité de l’Indépendance. Pour illustrer cette réalité, à Raboto, quartier vulnérable des Gonaïves, les habitants défèquent encore à l’air libre, surtout au bord du littoral, connu pour ses marais salants.
La question a soulevé une vague d’indignation dans la salle de conférence de la mairie, où se déroulait la formation. Il y a plus de quarante ans, l’État haïtien avait construit des habitations sans y intégrer de toilettes.
Un journaliste a affirmé que les gens étaient malpropres ; un autre a ajouté qu’il fallait mettre le problème sur la place publique avec toute la poigne nécessaire, en pointant du doigt les dirigeants sans scrupule.
En entendant ces éclats de voix, me reviennent à l’esprit les diatribes de certains chroniqueurs et influenceurs sur nos ondes et sur les réseaux sociaux. Tout est bon, pour eux, pour clouer leurs cibles au pilori. Mais l’histoire montre que les problèmes soulevés dans le fracas des émotions demeurent.
Les formateurs ont tout de suite rappelé qu’on peut informer sans humilier et interpeller sans stigmatiser. Ce qui importe, c’est de mettre en lumière les responsabilités de chacun : citoyens, leaders communautaires et institutions.
L’esprit de la formation du RHJS
Un changement est possible à Raboto. Il commence par une meilleure compréhension du problème.
Trois journalistes, Gesnerson DERISTIN, Wilno CASIMIR et Jospère CHARLES, dit Pipo, portés par l’élan et l’esprit de la formation, sont allés sur le terrain et ont réalisé un reportage que l’on retrouve dans ce 31e numéro du bulletin Bynenèt du RHJS. Dans « Raboto : quarante ans sans toilettes », ces hommes de terrain nous plongent au cœur de ce quartier. Ils nous donnent à voir, à entendre et à sentir.
« À Raboto, aux Gonaïves, l’odeur se mêle à l’air marin. La mer n’est pas très loin, mais son souffle ne suffit pas toujours à dissiper les odeurs qui flottent dans l’espace habité. Non loin de la Cité de l’Indépendance, dans le quartier de Raboto, pullulent de petits logements. Certaines familles vivent ici depuis près de quatre décennies sans toilettes. Quand le besoin se fait sentir, il faut trouver un endroit. Faire ses besoins à même le sol est devenu une contrainte quotidienne. »
Une telle expérience donne des ailes aux formateurs et les encourage à poursuivre les formations à travers le pays. Nous espérons que cet exemple sera suivi par bien d’autres. C’est ainsi qu’une nouvelle forme de journalisme en Haïti œuvre à créer les conditions d’un dialogue susceptible de déboucher sur des solutions concrètes.
Claude Bernard Sérant
