Quand le WASH invite les journalistes des Gonaïves à regarder autrement

Lors de l’intervention de Carline Jean Noël, infirmière à la Direction sanitaire de l’Artibonite, une question venue de Raboteau a changé le cours d’une séance de formation sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement : pourquoi la défécation à l’air libre persiste-t-elle dans ce quartier vulnérable ?

Par Gesnerson DERISTIN

Mis Carline Jean Noël, infirmière de la Direction sanitaire de l’Artibonite

À la mairie des Gonaïves, une vingtaine de journalistes prennent part à une journée de formation organisée par le Réseau haïtien des journalistes de santé (RHJS). La séance porte sur la communication pour le changement social et comportemental dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement.

Puis, au milieu des échanges, une fenêtre s’ouvre sur Raboteau.

Wilno Casimir, journaliste, prend la parole. Il évoque ce quartier vulnérable des Gonaïves où, selon lui, des habitants continuent de déféquer à l’air libre, notamment dans des espaces situés non loin des salines.

Il remonte le fil de l’histoire. Sous le régime des Duvalier, explique-t-il, des maisons auraient été construites pour des familles sans latrines. Au fil des années, une pratique s’est installée. Une habitude s’est enracinée dans le quotidien.

Mais comment une situation née, au moins en partie, d’un déficit ancien d’infrastructures sanitaires peut-elle devenir une norme sociale et se transmettre d’une génération à l’autre ?

La question intéresse immédiatement la salle.

Au premier plan, Wilno Casimir, correspondant de Radio Télé Caraïbes

Carline Jean Noël, infirmière de la Direction sanitaire de l’Artibonite et animatrice de la séance, rappelle que la défécation à l’air libre est à l’opposé des bonnes pratiques WASH. L’eau, l’assainissement et l’hygiène constituent, explique-t-elle, un ensemble de conditions indispensables à une communauté pour vivre dans un environnement où l’eau est sûre, où les excréments sont correctement confinés et où les bonnes pratiques d’hygiène peuvent être adoptées.

À Raboteau, le problème ne se résume donc pas à une mauvaise habitude. Il touche à la fois à l’environnement, aux infrastructures, à la santé publique, aux comportements et à l’organisation sociale.

Pour Carline Jean Noël, si l’on veut faire disparaître progressivement cette pratique, l’État et la société civile doivent accompagner les populations à travers des programmes d’eau, d’hygiène et d’assainissement.

À la recherche de solutions

Dans la salle, la réflexion change alors de nature.

Il ne s’agit plus simplement de dire aux habitants ce qu’ils doivent faire. Il faut comprendre pourquoi le comportement existe. Identifier les obstacles. Se demander ce qui empêcherait une famille d’utiliser une latrine. Et surtout, réfléchir à la manière de rendre le comportement souhaité possible, accessible, acceptable et valorisé.

Le secrétaire général du RHJS, Claude Bernard Sérant

Le secrétaire général du RHJS, Claude Bernard Sérant, saisit la balle au bond.

Une radio des Gonaïves, dit-il en substance, pourrait s’emparer de cette question et contribuer à la recherche de solutions. Elle pourrait commencer par raconter un quartier confronté à un déficit d’accès à l’assainissement et, surtout, donner la parole à ceux qui y vivent.

Le journaliste du Nouvelliste invite ses confrères à sortir des salles de formation et à aller sur le terrain. Aller voir. Écouter. Comprendre.

«Pourquoi cette pratique existe-t-elle encore ? Que disent les habitants de Raboteau eux-mêmes ? Quelles conséquences sanitaires et environnementales cette situation a-t-elle réellement sur leur vie ? Et surtout : qu’est-ce qui peut être fait concrètement, et par qui ?»

Le journaliste, rappelle-t-il, peut contribuer à faire évoluer une norme sociale. Mais il doit savoir raconter le changement sans humilier ceux dont il parle.

Une nuance essentielle.

Car Raboteau ne doit pas devenir, dans les médias, « le quartier où les gens défèquent à l’air libre ». Le quartier est d’abord un lieu de vie, avec son histoire, ses familles, ses enfants, ses difficultés et ses capacités de mobilisation.

La représentante du ministère de la Santé poursuit la séance en interrogeant les participants. Peu à peu, les contours d’une réponse collective apparaissent.

Sur cette question, plusieurs acteurs devraient pouvoir se retrouver. Autour de la table : les habitants, la mairie, la Direction sanitaire de l’Artibonite, la DINEPA, les organisations communautaires, les écoles et les acteurs du secteur WASH, entre autres.

L’idée fait son chemin : la communication ne peut pas, à elle seule, construire une latrine. Mais elle peut faire émerger une question, faire entendre une demande, rapprocher des acteurs, valoriser une bonne pratique et accompagner une solution lorsqu’elle existe.

Déjà, plusieurs journalistes se disent prêts à aller à Raboteau.

Gesnerson DERISTIN

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