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La normalisation de l’horreur : une crise du collectif

La Rédaction Par La Rédaction
3 juin 2026
Dans Actualités, Nationales
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Deux balles pour un bébé dans le ventre de sa mère

Des armes en Haïti pour détruire la vie

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Que devient une société lorsque la violence cesse de la choquer ? En Haïti, l’horreur ne surgit plus comme une rupture : elle s’installe, circule et redéfinit progressivement les seuils de l’acceptable, révélant une crise plus profonde : celle du collectif.

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Par Marnatha I. Ternier

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Des armes en Haïti pour détruire la vie

Une société ne s’effondre pas uniquement sous le poids de la violence. Elle s’effondre lorsque cette violence cesse de constituer une rupture.

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Vivre ne se limite pas à exister. Vivre, c’est éprouver le monde, reconnaître la beauté dans un visage, dans un geste, dans la texture même du réel. C’est habiter l’existence avec sens, dans une relation constante à soi, aux autres et à ce qui nous entoure.

Mais cette expérience n’est jamais solitaire. L’être humain est un être de relation. Il se construit dans le collectif, à travers des normes, des valeurs et des représentations qui façonnent son regard. Le collectif ne constitue pas un simple cadre : il est une structure qui produit l’individu autant qu’elle est produite par lui.

Que devient alors une société lorsque cette structure se dégrade ?

En Haïti, une transformation profonde est à l’œuvre. La violence ne surgit plus comme une rupture : elle s’installe comme un environnement. Elle ne choque plus : elle circule. Elle ne scandalise plus : elle s’intègre. Et, à terme, elle finit par se constituer elle-même en valeur.

À ce stade, quelques repères s’imposent.

Le 12 mars 2021, des policiers, qui avaient fait de leur vie un engagement au service de la société, sont abattus à Village-de-Dieu, à la sortie sud de la capitale. Des corps mutilés, des existences arrachées. Des familles brisées, des femmes et des enfants à jamais marqués par leur absence et par le traumatisme qui s’ensuivit. Puis, lentement, le choc se dissipe.

Dans un autre registre, un médecin, après une vie consacrée à soigner et à sauver des vies, est assassiné. Son corps est exposé, filmé, diffusé. La mort cesse alors d’être un moment de recueillement : elle devient une image consommable.

Il y a aussi cette jeune femme brûlée, ligotée, exposée. Certains n’ont fait que regarder ; d’autres ont commenté.

Régulièrement, des enfants subissent des violences extrêmes dans une indifférence qui n’est plus une anomalie, mais un symptôme. Une société qui ne protège plus ses enfants ne se fragilise pas : elle se condamne.

Hier encore, un jeune homme a été arraché à son quotidien, enlevé, séquestré, humilié, puis rejeté au monde comme un corps revenu d’un lieu sans nom. Derrière lui, une famille suspendue à l’attente, consumée par une angoisse sans répit, traversée par une douleur insoutenable et par cette question, obsédante et déchirante : pourquoi lui ?

Lorsqu’il revient, rien ne revient vraiment avec lui. Comme si, à force de répétition, même l’effroi avait cessé de trouver sa place en nous.

Plus récemment, le 30 mai 2026, trois policiers sont abattus. Leurs corps circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Et ce qui devrait arrêter le temps devient, de fait, un contenu parmi tant d’autres.

Le problème n’est plus seulement la violence.

Le problème est que nous nous y adaptons.

Lorsqu’une société s’habitue à l’horreur, elle cesse de la combattre.

Lorsqu’elle cesse de la combattre, elle finit par la reproduire.

Nous ne sommes plus seulement les héritiers d’une histoire violente.

Nous en devenons les relais.

Ce basculement est anthropologique. Il touche à la manière même dont une société définit la vie humaine, dont elle reconnaît — ou refuse de reconnaître — la valeur de l’autre.

Dès lors, une question s’impose :

Que reste-t-il d’une société qui ne se reconnaît plus elle-même comme humaine ?

Le lien humain n’est pas un supplément. Il est une condition. Il régule, il protège, il donne sens. Lorsqu’il disparaît, ce n’est pas seulement l’ordre social qui vacille : c’est l’humanité elle-même qui recule.

Et pourtant, cette trajectoire n’est pas irréversible. Le collectif, s’il peut être vecteur de désagrégation, demeure aussi un vecteur de reconstruction. Il peut redevenir un lieu de reconnaissance, de dignité et de responsabilité partagée.

Mais cela suppose une prise de conscience essentielle :

Chaque regard, chaque silence, chaque réaction participe à la redéfinition du monde que nous construisons — et que nous voulons construire — ensemble.

Et pourtant, la vie doit encore brûler en nous,

cette vie portée par sa propre force poétique.

Car l’effondrement du collectif

commence dans le regard,

ce regard qui voit,

qui sait,

et qui ne tremble plus.

Ce que nous acceptons sans frisson

entre dans nos veines,

se mêle à notre sang,

et finit par nous habiter.

Alors il faudra rompre,

comme on déchire la nuit,

comme on arrache la peur du corps.

Rompre avec l’indifférence.

Rompre avec l’habitude du pire.

Car une société ne tombe pas seule.

Elle tombe avec nos silences.

Et c’est ici que tout bascule :

Refuser,

refuser d’être façonnés par l’inhumain.

Marnatha I. Ternier

Pour lire d’autres articles, cliquez sur ce lien:

Autour de La Trans des Masques avec Marnatha I. Ternier

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