Interview
Le lavage des mains est un geste simple qui peut sauver des vies, mais son efficacité dépend de son adoption au quotidien et de l’accès à l’eau et au savon. Dans cet entretien avec Élien Pierre, Claude Bernard Sérant, secrétaire général du Réseau haïtien des journalistes de la santé (RHJS), explique l’importance d’inculquer aux jeunes les bons réflexes d’hygiène pour prévenir les infections et protéger la communauté.

Élien Pierre : Claude Bernard Sérant, vous êtes un journaliste senior, vous avez animé plusieurs ateliers de formation sur le lavage des mains. Vous avez écrit plusieurs articles sur ce sujet. Vous avez aussi sur YouTube une vidéo sur le lavage des mains. Pourquoi est-il important de se laver les mains ?
Claude Bernard Sérant : Le lavage des mains est important parce que nos mains sont en contact permanent avec notre environnement. Nous touchons des objets, des poignées de porte, des téléphones, de l’argent et beaucoup d’autres surfaces. Sans nous en rendre compte, nous pouvons transporter des microbes et les porter à notre bouche, à notre nez ou à nos yeux. C’est ainsi que certaines infections se transmettent.
Se laver correctement les mains avec de l’eau propre et du savon permet de réduire considérablement ce risque. C’est notamment un moyen efficace de prévenir les maladies diarrhéiques et de limiter la transmission de nombreuses infections. Vous savez, en matière de santé, ce petit geste peut faire une grande différence.
Élien Pierre : À ces ateliers du RHJS qui associent théorie et pratique, quel est le contenu qui est mis à la portée du public ?
Claude Bernard Sérant : Nous essayons d’abord de faire comprendre pourquoi il faut se laver les mains, puis nous montrons comment le faire correctement. Il ne suffit pas de mouiller rapidement ses mains sous un robinet. Il faut utiliser du savon, frotter les paumes, le dos des mains, les espaces entre les doigts, les pouces et le contour des ongles, puis rincer et sécher les mains correctement.
Nous expliquons aussi les moments où ce geste est particulièrement important : après être allé aux toilettes, avant de manger, avant de préparer des aliments, après avoir nettoyé un enfant ou manipulé des déchets, par exemple. Le lavage doit durer environ 20 secondes de frottement avec du savon. Et surtout, nous insistons sur la pratique : les participants doivent pouvoir reproduire eux-mêmes les bons gestes. L’objectif n’est pas seulement qu’ils retiennent une information, mais qu’ils sachent l’appliquer au quotidien.
Élien Pierre : À partir de quel âge doit-on apprendre aux enfants à se laver les mains ?
Claude Bernard Sérant : Il faut commencer dès la petite enfance, dès que l’enfant peut participer à ce geste, avec l’aide d’un adulte. On peut lui montrer comment se laver les mains avant de manger et après être allé aux toilettes. Au début, il faut l’accompagner, lui expliquer et lui montrer l’exemple.
Les enfants apprennent beaucoup par imitation. Si leurs parents, leurs enseignants et les autres adultes autour d’eux se lavent régulièrement les mains, ils auront plus facilement tendance à adopter ce comportement. Évidemment, les plus petits doivent être surveillés et aidés pour utiliser l’eau et le savon en toute sécurité.
Élien Pierre : En littérature, on dit : « Qui lit dès l’enfance lira toute sa vie. » Ce même principe peut-il s’appliquer à l’apprentissage de l’hygiène des mains ?
Claude Bernard Sérant : Absolument ! Je pense même que c’est une comparaison très pertinente. Lorsqu’un enfant apprend tôt à se laver les mains et comprend pourquoi il doit le faire, il a davantage de chances de conserver cette habitude en grandissant.
Mais il ne suffit pas de lui donner une leçon une seule fois. Il faut répéter le geste, l’encourager et lui permettre de le pratiquer tous les jours. À la maison comme à l’école, le lavage des mains doit devenir un réflexe, au même titre que le brossage des dents. Nous devons aider les jeunes à comprendre que prendre soin de son hygiène, c’est aussi prendre soin de sa santé et de celle des autres.
Un réflexe à cultiver
Élien Pierre : Je vous pose cette question parce qu’aujourd’hui encore, on rencontre des personnes qui ont fait des études universitaires et qui n’ont pas le réflexe de se laver les mains avant de passer à table. Quel regard portez-vous sur cette attitude ?
Claude Bernard Sérant : Cela montre que le niveau d’instruction ne garantit pas automatiquement l’adoption de bons comportements en matière d’hygiène. Une personne peut avoir beaucoup de connaissances, avoir fait de longues études et pourtant négliger un geste aussi important que le lavage des mains.
Il ne s’agit pas de juger les personnes, mais de comprendre qu’entre savoir et agir, il y a parfois une différence. Nous pouvons connaître les risques et continuer à reproduire de mauvaises habitudes parce que nous n’y prêtons pas attention ou parce que nous n’avons pas intégré le geste dans notre routine.
C’est pourquoi la sensibilisation doit concerner tout le monde, quel que soit l’âge ou le niveau d’études. Personne n’est trop instruit pour apprendre ou réapprendre les bons gestes d’hygiène.
Élien Pierre : Pour réduire le nombre de décès dus aux maladies diarrhéiques et prévenir des maladies comme le choléra et la fièvre typhoïde, quelle est la meilleure méthode pour se laver les mains : avec de l’eau et du savon, une solution hydroalcoolique ou de l’eau traitée ?
Claude Bernard Sérant : La méthode à privilégier au quotidien, notamment pour prévenir les maladies diarrhéiques et le choléra, est le lavage des mains avec du savon et de l’eau propre et sûre. Le savon aide à décoller les saletés et les microbes de la peau, et le rinçage permet de les éliminer.
Si l’eau disponible n’est pas sûre, il faut la traiter correctement avant de l’utiliser et la conserver dans un récipient propre. Il est important de comprendre que l’eau traitée seule ne remplace pas le savon : elle doit être utilisée avec du savon pour un lavage efficace.
La solution hydroalcoolique constitue une autre option lorsque l’on ne dispose pas d’eau et de savon, à condition que les mains ne soient pas visiblement sales. Elle doit contenir au moins 60 % d’alcool. Toutefois, dans un contexte de prévention du choléra, le lavage avec du savon et de l’eau sûre reste à privilégier, notamment après être allé aux toilettes et avant de manger ou de préparer des aliments.
Il faut aussi rappeler que le lavage des mains ne suffit pas, à lui seul, à prévenir le choléra ou la fièvre typhoïde. Il faut boire de l’eau potable, bien cuire les aliments, respecter les règles d’hygiène alimentaire et utiliser des installations sanitaires appropriées. La prévention repose sur un ensemble de bonnes pratiques.
Élien Pierre : Quels bénéfices la communauté peut-elle tirer d’une bonne pratique du lavage des mains ?
Claude Bernard Sérant : Les bénéfices sont nombreux. Lorsque les membres d’une communauté se lavent correctement les mains aux moments importants, ils contribuent à réduire la transmission de plusieurs infections. Cela peut diminuer les épisodes de maladies diarrhéiques, protéger les enfants et limiter certaines absences à l’école ou au travail.
Mais il y a aussi un bénéfice collectif : chacun contribue à protéger les autres. Un enfant qui apprend les bons gestes à l’école peut les reproduire à la maison et sensibiliser ses parents, ses frères et sœurs ou ses camarades. C’est ainsi qu’une bonne habitude individuelle peut devenir une pratique communautaire.
Mon message aux jeunes est simple : ne considérez pas le lavage des mains comme une corvée ou une simple formalité. C’est un geste de responsabilité envers vous-mêmes, votre famille et votre communauté. Prenez l’habitude de vous laver les mains avec du savon avant de manger et après être allé aux toilettes. Et lorsque vous apprenez un bon geste, partagez-le avec les autres. L’information sauve des vies, mais elle sauve encore plus de vies lorsqu’elle se transforme en action.
Propos recueillis par Élien Pierre












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