Dans une ambiance de création et de réflexion citoyenne, le collège Catts Pressoir a transformé, ce samedi, ses salles de classe en véritable espace culturel d’exposition. Entre mémoire du pays, innovations scientifiques et imaginaires du futur, les élèves ont présenté des projets qui interrogent Haïti, ses défis et ses possibles. Une journée où l’espace scolaire devient un laboratoire vivant d’idées et de solutions.
« Haïti entre ressources et turbulences ! L’éducation, l’outil incontournable ! » C’est autour de ce thème que le collège Catts Pressoir a tenu, le samedi 13 juin, son exposition de projets. Une journée d’ouverture où l’école s’est transformée en un véritable laboratoire d’idées, visité par parents, curieux, amis et journalistes.
Dès l’entrée, le décor donne le ton. Sur la cour, un immense bicolore habille la façade d’un bâtiment, accompagné de petits drapeaux flottants qui rappellent la fierté nationale. On lit aussi, affiché comme un cri d’espoir : « Ayiti nan batay », en référence à Haïti engagée dans la Coupe du monde 2026.
Sous la chaleur, le public circule sans relâche. On est en pleine canicule, mais cela n’empêche pas les visiteurs d’aller de salle en salle, à la découverte des projets réalisés par les élèves. Chaque classe devient une vitrine, chaque table une démonstration, chaque élève un jeune expert en devenir.
L’érosion des sols : une terre qui s’effrite, une jeunesse qui observe
Dans une salle, deux élèves de 8e année fondamentale présentent une maquette frappante. Nazaire explique, droit devant son travail :« Cette maquette donne une idée de l’érosion des sols. Comme vous pouvez le voir ici, nous avons une terre érodée et l’autre partie représente une terre fertile. »
À ses côtés, Beaubrun précise l’objectif : « Le but de notre projet est de démontrer comment une terre fertile peut connaître l’érosion. »
Sur la table, le contraste est net : d’un côté une terre verte, couverte d’arbres fruitiers ; de l’autre, une surface sèche, craquelée, sans vie.
Le message est clair. L’érosion des sols, expliquent les élèves, reste l’un des grands défis agricoles d’Haïti. Elle résulte de plusieurs facteurs : déboisement massif, cultures en pente sans protection, pluies intenses, production de charbon de bois, ou encore surpâturage.
Conséquence directe : les terres s’appauvrissent, les rendements agricoles chutent, et la fertilité disparaît peu à peu.
Agritek : quand la technologie rencontre la terre
Dans la même salle, un autre groupe attire l’attention avec un projet plus technologique : Agritek.
Larose, élève de 8e année fondamentale, présente le concept :« Notre projet, c’est Agritek. En Haïti, beaucoup de gens dépendent de la terre pour se nourrir, mais ils n’ont pas une idée du type de sol qu’ils possèdent. Ici, on a installé des capteurs pour indiquer le niveau d’humidité, de température et l’état du sol. »
Norah complète, en évoquant la programmation : « Nous utilisons une commande, une programmation. L’informatique peut-elle aider nos agriculteurs à contrôler l’eau, l’humidité, la température pour une agriculture intelligente ? »
La réponse est déjà dans leur démonstration. Capteurs d’humidité, cartes Arduino, panneaux solaires, application mobile : tout est pensé pour permettre une agriculture de précision.
Ici, la technologie ne remplace pas l’agriculture, elle l’accompagne. Elle permettrait d’éviter le gaspillage d’eau, d’optimiser l’irrigation et de mieux comprendre les sols.
Aquaponie : un cercle entre poissons et plantes
Plus loin, un autre projet intrigue les visiteurs : l’aquaponie. Une élève explique le principe devant un petit système expérimental.
Debout, elle explique aux visiteurs : « Les poissons produisent des excréments. Ces déchets contiennent de l’ammoniac. Des bactéries transforment l’ammoniac en nitrates. Les plantes absorbent les nitrates comme engrais naturel. L’eau est ainsi purifiée et retourne aux poissons. »
Le cycle est simple, mais ingénieux : poissons, déchets, bactéries, plantes, eau purifiée, puis retour aux poissons.
Un visiteur interroge l’équipe sur l’intérêt du système en Haïti. Réponse immédiate : une consommation d’eau réduite, un atout majeur dans un pays souvent confronté à la sécheresse.
Les élèves précisent aussi l’utilisation de la fibre de coco comme support de culture, et rappellent que l’aquaponie combine aquaculture et hydroponie, c’est-à-dire l’élevage d’animaux aquatiques et la culture hors sol.
Plantes médicinales et biotechno-serre : l’agriculture du futur
Dans un autre espace, des élèves présentent une encyclopédie des plantes médicinales haïtiennes. Aloès vera, citronnelle, feuille de corossol : autant de ressources naturelles étudiées pour leurs vertus et usages traditionnels.
Plus loin encore, un projet attire les regards : la biotechno-serre. Une serre intelligente, automatisée, pensée pour surveiller et contrôler l’environnement des plantes.
Dorothy explique fièrement : « Nous avons mis en place ce système pour permettre aux plantes de survivre sans la présence humaine. »
Température, humidité, lumière, CO₂, niveau d’eau : tout est contrôlé par des capteurs. Et lorsque le sol devient trop sec, le système réagit automatiquement. Une démonstration en direct impressionne le public : une pluie artificielle s’active, déclenchée par les capteurs.
Le système fonctionne grâce à l’énergie solaire. Une autonomie qui donne un aperçu d’une agriculture connectée, presque futuriste.
Une ville énergétique imaginée par les élèves
En clôture du parcours, un autre groupe présente une maquette de ville alimentée par l’énergie solaire et éolienne. Une vision d’avenir où les ressources naturelles deviennent la base d’un développement durable.
D’une salle à l’autre, une idée s’impose : derrière chaque maquette, chaque capteur, chaque explication, il y a une génération qui observe son pays, en comprend les défis et propose déjà des solutions.
Sous la chaleur de juin, le collège Catts Pressoir n’a pas seulement exposé des projets. Il a exposé des possibles.
Claude Bernard Sérant
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