Sensibilisation des primo-votants sur le processus électoral haïtien

Compte rendu

Entre pédagogie électorale, débats sans détour et participation active, une centaine de primo-votants ont pris part, le 2 juin au Karibe Convention Center, à une journée de sensibilisation organisée par le VDH et le BINUH. L’initiative a permis aux jeunes de mieux comprendre les mécanismes du vote tout en exprimant leurs préoccupations sur les défis qui continuent de fragiliser la confiance dans le processus électoral haïtien.

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Par Marc-Kerley FONTAL

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Le mardi 2 juin 2026, au Karibe Convention Center, la jeunesse a confronté le processus électoral haïtien à ses zones de tension, entre formation technique, débats critiques et simulation d’inscription. Cette journée de sensibilisation dédiée aux primo-votants a réuni une centaine de jeunes citoyens, institutions électorales et partenaires techniques autour du fonctionnement du processus électoral haïtien. Organisée par le Volontariat pour le Développement d’Haïti (VDH) en partenariat avec le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), l’activité s’est articulée autour d’un objectif central : renforcer la compréhension des étapes du vote et encourager une participation citoyenne informée.

Dans leurs prises de parole officielles, la ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Mme Pedrica SAINT-JEAN, ainsi que M. Carlos Gabriel Ruiz Massieu AGUIRRRE, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour Haïti et chef du BINUH, ont insisté sur la nécessité de rapprocher les jeunes des mécanismes électoraux et de favoriser leur implication dans la vie démocratique du pays. « Les jeunes doivent être au cœur du processus démocratique. Ils ne représentent pas seulement les électeurs de demain, mais également les acteurs du changement d’aujourd’hui », a souligné M. Proclamation AGUIRRE.

Une immersion technique dans le cycle électoral

La première partie de la journée a été consacrée à une session de formation intitulée un vote, un processus , animée par le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Les participants ont été initiés aux différentes étapes du cycle électoral haïtien, de l’inscription des électeurs à la proclamation des résultats, en passant par la campagne électorale, le vote, le dépouillement, ainsi que le rôle des différents acteurs impliqués dans l’organisation du scrutin et l’assistance technique internationale. Cette présentation leur a permis de mieux comprendre les mécanismes qui encadrent le processus électoral et les garanties prévues pour assurer son bon déroulement. « Une élection est un processus qui mobilise plusieurs institutions et plusieurs étapes. Il est important que les citoyens comprennent le rôle de chaque acteur afin de mieux exercer leurs droits et leurs responsabilités », a expliqué le représentant du CEP.

Des préoccupations sur l’identification et l’accès au vote

Mais très vite, la dimension pédagogique a laissé place à une série de préoccupations exprimées par les participants. Plusieurs jeunes ont remis en question la crédibilité des scrutins passés. « On nous explique les étapes, mais sur le terrain, ce n’est pas toujours ce qu’on vit. Les irrégularités reviennent à chaque élection », a lancé un participant lors de la session de questions-réponses.

D’autres ont soulevé la question de l’influence politique et financière dans le processus électoral, évoquant la perception d’une captation des élections par certains groupes d’intérêts. La tenue d’élections dans le contexte actuel du pays, la délivrance de la Carte d’Identification Nationale ainsi que la situation des personnes déplacées internes ont également alimenté les discussions. « Beaucoup ont perdu leurs documents. Comment peut-on garantir leur droit de vote dans ces conditions ? », a interrogé une jeune femme depuis le fond de la salle.

Face à ces préoccupations, les représentants du CEP ont rappelé que plusieurs des questions soulevées dépassaient le seul cadre de compétence de l’institution électorale. « Ces préoccupations sont légitimes et méritent d’être discutées. Le CEP a la responsabilité d’organiser les élections conformément au cadre légal, mais certaines problématiques liées à l’identification, à la sécurité ou encore à l’environnement électoral concernent également d’autres institutions de l’État. C’est ensemble que nous devons trouver les réponses adaptées », a-t-il ajouté.

Les primo-votants au cœur des solutions

Répartis en six groupes de travail, les jeunes ont été invités à réfléchir collectivement sur plusieurs thématiques essentielles du processus électoral, notamment le cadre juridique, l’éligibilité des candidats, la campagne électorale, le déroulement du scrutin, la comptabilisation des votes, la proclamation des résultats ainsi que la gestion des contentieux électoraux. À travers cette démarche participative, ils devaient identifier les principaux freins, les facteurs d’incitation et proposer des recommandations susceptibles d’améliorer le fonctionnement du système électoral. Les séances de restitution ont donné lieu à des échanges particulièrement riches, révélant une jeunesse soucieuse de contribuer à l’amélioration des pratiques démocratiques. Parmi les pistes avancées figuraient le renforcement de la transparence, une meilleure communication institutionnelle, le développement de l’éducation civique et le rétablissement de la confiance entre les citoyens et les institutions électorales. « Si les recommandations des jeunes sont prises en compte, le CEP pourrait améliorer la confiance dans le système électoral », a déclaré un participant lors de la présentation des conclusions des groupes de travail.

Simulation d’inscription et encadrement technique du CEP

L’un des moments forts de cette journée de sensibilisation a été la simulation d’inscription sur les listes électorales, réalisée avec l’appui de l’Office National d’Identification (ONI). À travers cet exercice pratique, les participants ont pu suivre, étape par étape, le parcours d’un électeur depuis la vérification de son identité jusqu’à la validation de son inscription. Cette mise en situation a permis aux jeunes de mieux comprendre les procédures administratives entourant l’enregistrement électoral, tout en mettant en lumière certaines difficultés liées à l’accès aux documents d’identification, une problématique particulièrement préoccupante pour les personnes déplacées ou celles ayant perdu leurs pièces d’identité. Pour plusieurs, cette simulation a contribué à rendre le processus électoral plus concret et plus accessible.

La jeunesse face à l’information : entre vigilance et responsabilité

Un peu plus tard dans la journée, place à l’écosystème médiatique. Au cours de ce panel les intervenants ont mis en lumière un autre enjeu majeur : la désinformation en période électorale. M. Widlore MÉRANCOURT, cofondateur d’AyiboPost, et Harold ISAAC, journaliste à Radio Kiskeya et correspondant de Reuters, tour à tour ont exploré les défis liés à la circulation de l’information, aux fausses nouvelles et à l’influence grandissante des réseaux sociaux dans la formation de l’opinion publique.

Pour M. MERANCOURT, la lutte contre la désinformation passe avant tout par la responsabilité individuelle. « La lutte contre les fake news ne peut pas être seulement institutionnelle. Chaque citoyen doit vérifier avant de partager. Aujourd’hui, nous sommes tous des diffuseurs potentiels d’information », a-t-il rappelé.

De son côté, M. ISAAC a attiré l’attention sur les mutations profondes du paysage médiatique. « Nous assistons à une tiktokisation du débat public. La vitesse de diffusion de l’information dépasse souvent sa vérification », a-t-il analysé, soulignant la montée des influenceurs dans la formation de l’opinion publique.

Les deux journalistes ont encouragé les jeunes à développer leur esprit critique et à privilégier des sources d’information fiables, particulièrement en période électorale.

Une participation féminine et institutionnelle réaffirmée

Intervenant lors de la session consacrée à l’inclusion et à la participation citoyenne, Mme Tania JEAN PIERRE, représentante du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, a insisté sur la nécessité de renforcer la présence des femmes dans les processus démocratiques. Elle a notamment souligné que la participation politique des femmes ne devait pas être perçue comme une simple exigence de représentation, mais comme une condition essentielle au renforcement de la démocratie. « La démocratie ne peut être crédible sans la participation pleine et effective des femmes à tous les niveaux du processus électoral », a-t-elle déclaré.

Une jeunesse critique mais engagée

Au terme de la journée, les échanges ont révélé une jeunesse à la fois critique et engagée, consciente des limites du système électoral mais désireuse d’y participer activement. Entre interrogations sur les irrégularités, propositions de réforme et apprentissage des mécanismes institutionnels, les primo-votants ont exprimé une attente claire : celle d’un processus électoral plus transparent, plus inclusif et plus crédible.

Les organisateurs ont par ailleurs annoncé que d’autres ateliers de sensibilisation et d’échanges devraient être organisés dans les semaines à venir avec les mêmes participants afin d’approfondir certaines thématiques abordées au cours de cette première rencontre et de poursuivre le dialogue avec les institutions concernées. Cette journée de sensibilisation aura ainsi servi de double espace : un cadre de formation technique sur le vote et un forum d’échanges sur les défis structurels de la démocratie haïtienne. En plaçant les primo-votants au centre du dispositif, les organisateurs ont permis à ces jeunes citoyens non seulement de mieux comprendre le processus électoral, mais également de faire entendre leurs préoccupations et leurs propositions pour l’avenir démocratique du pays.

 

Marc-Kerley FONTAL

marckerleyfontal@gmail.com

 

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