Foire nationale de la menstruation : une journée pour comprendre, apprendre et briser les tabous

Reportage

À la Place Saint-Pierre de Pétion-Ville, la première Foire nationale de la menstruation a réuni, le 30 mai 2026, des centaines de participants autour d’un sujet encore largement tabou en Haïti. Entre ateliers, performances artistiques, stands de sensibilisation et moments festifs, l’événement a transformé l’espace public en un lieu d’échange et de plaidoyer pour une meilleure compréhension des règles et la défense de la dignité menstruelle.

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Dalanne Farinja Théodore

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Entre sensibilisation, art, divertissement et plaidoyer, la première Foire nationale de la menstruation a réuni, le samedi 30 mai 2026. sur la Place Saint-Pierre, Pétion-Ville, des centaines de visiteurs autour d’un sujet encore largement tabou en Haïti : les règles.

Il est 9 heures. Sous les tentes installées pour l’occasion, les bénévoles s’activent déjà. Des t-shirts portant des slogans engagés sont distribués aux visiteurs et aux passants qui s’arrêtent, intrigués, avant de reprendre leur chemin.

Organisée par RÈG Ayiti, en collaboration avec Nègès Mawon et avec l’appui de plusieurs organisations partenaires — notamment AHF Haïti, la Fondation TOYA, Marijàn, ASHAPE, EPASI, HAGN, CEMED, YWCA Haïti et l’Organisation FIEF, ainsi qu’ONU Femmes via un projet soutenu par le gouvernement du Japon —, la première Foire nationale de la menstruation s’est tenue autour du thème : « Règ san tabou, se viv nan diyite ».

À cette heure matinale, peu de personnes présentes savent encore ce qui les attend. Certaines sont venues par curiosité, d’autres par engagement, tandis que plusieurs découvrent pour la première fois un événement public entièrement consacré aux menstruations. Pourtant, au fil de la journée, la Place Saint-Pierre devient un véritable lieu de parole et de libération, où l’on peut s’informer, questionner et partager sans crainte.

Vers 10 heures, l’atmosphère change progressivement. Les stands se remplissent, les invités arrivent et les visiteurs se multiplient. Hommes, femmes, petites filles et petits garçons s’approchent, curieux de comprendre ce qui se passe autour de ce sujet souvent entouré de silence.

Parmi les personnalités présentes figure la magistrate Marie Geralda Nelson. Après avoir visité plusieurs stands, recueilli des informations et pris quelques photographies, elle adresse un message aux participantes :

« Pa bliye si nou gen yon pwoblèm, nou kapab pase nan meri a. »

La partie culturelle de la foire

 

Une multitude de stands pour informer et sensibiliser

À gauche de la place, plusieurs espaces attirent l’attention du public. Au total, une dizaine d’organisations exposent et animent des activités tout au long de la journée.

L’atelier de peinture est l’un des plus colorés. Les visiteurs y expriment leur créativité en dessinant sur des serviettes hygiéniques et en participant à des séances de body painting.

À quelques mètres de là, un stand de vente de produits menstruels rappelle une réalité souvent ignorée : la précarité menstruelle. Les bénéfices des ventes servent à soutenir des femmes et des jeunes filles ayant des difficultés à se procurer des protections hygiéniques.

Le stand de Nègès Mawon, à travers sa campagne « Sang Trêve », propose un photobooth ainsi qu’une activité particulièrement marquante. Les visiteurs peuvent enfiler un costume représentant une serviette hygiénique tachée de sang, une manière symbolique et percutante de dénoncer les stigmates associés aux menstruations.

La Fondation AHF Haïti distribue des brochures et des informations sur la santé menstruelle et reproductive.

De son côté, la Fondation TOYA attire de nombreux enfants grâce à des jeux de société. Derrière l’aspect ludique se cache un important travail de sensibilisation sur les menstruations ainsi que sur les violences et abus dont sont victimes de nombreuses femmes et jeunes filles.

Le programme Marrainage et la Maison Claire Heureuse, présents sur un autre stand de Nègès Mawon, présentent leurs services d’accompagnement. Le premier soutient et oriente les femmes et les filles victimes de violences dans leurs démarches, tandis que la seconde leur offre un hébergement temporaire et un espace sécuritaire. Les responsables profitent de l’occasion pour distribuer des brochures et informer les visiteurs sur les ressources disponibles.

Le CEMED du Dr Descollines expose son Programme Santé Scolaire, qui intervient dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les élèves à différentes questions de santé.

Le Haiti Adolescent Girls Network (HAGN) partage également des informations destinées aux adolescentes et distribue de la documentation sur leur développement et leur autonomisation.

Le stand d’ASHAPE combine sensibilisation et divertissement. Les enfants y participent à des jeux de mains et à diverses activités récréatives, pendant que les animateurs échangent avec les visiteurs.

L’activiste Mildred Latortue anime également un stand consacré aux questions d’inclusion et de handicap liées aux menstruations, apportant un éclairage essentiel sur les réalités vécues par les personnes en situation de handicap.

À droite de la place, le stand de RÈG Ayiti attire continuellement de nouveaux visiteurs. Les bénévoles y présentent différents moyens de protection menstruelle. Parmi eux, la coupe menstruelle suscite autant de curiosité que d’appréhension. Plusieurs personnes la découvrent pour la première fois, preuve que les mythes et tabous demeurent encore fortement présents.

Un autre espace de Nègès Mawon est consacré à la vente de livres d’Alaso ainsi qu’à divers articles militants. Les bénévoles poursuivent leur travail de sensibilisation tout en distribuant des brochures.

Le stand de Profamil attire particulièrement l’attention grâce à ses maquettes pédagogiques. On y retrouve des représentations du développement du fœtus à différents stades de la grossesse, une maquette illustrant une grossesse gémellaire ainsi que plusieurs modèles anatomiques du col de l’utérus, du vagin et du système reproducteur féminin. Les visiteurs s’y attardent longuement pour poser des questions aux spécialistes présents.

Sur des tapis installés au sol, la massothérapeute May Lissa Laguerre Bigord anime des démonstrations destinées à soulager les douleurs menstruelles. Exercices de respiration, massages du ventre, posture de l’enfant et autres techniques sont présentés aux participantes.

Le stand de Marijàn propose un photobooth décoré de messages engagés, des jeux de société ainsi que la vente de différents articles militants, notamment des sacs portant des slogans féministes. Des brochures et informations sont également mises à la disposition du public.

Le FIEF complète cet espace en partageant des informations et de la documentation sur ses activités.

 

Une pause gourmande

Au cœur de la foire, un espace de restauration accueille les visiteurs. Au menu : riz accompagné de lalo, tchaka, chicken wings, boissons et autres spécialités appréciées du public. Entre deux activités, les participants s’y retrouvent pour manger, discuter et prolonger les échanges dans une ambiance conviviale.

 

Un flashmob qui captive la foule

Vers 11 h 50, alors que plusieurs petits groupes échangent tranquillement sur la place, un événement inattendu attire soudainement l’attention du public.

Réparties à différents endroits du site, des participantes commencent à se rapprocher en scandant :

« Règ pa pale sou moun. »

Les conversations s’arrêtent. Les regards se tournent vers elles.

Peu à peu, les groupes se rejoignent et donnent naissance à un flashmob aussi émouvant qu’engagé.

À travers leurs mouvements, leurs voix et leurs pancartes, les participantes dénoncent les préjugés et les difficultés auxquelles les femmes font face pendant leurs menstruations.

Certaines pancartes affichent des messages sans équivoque :

« Règ pa yon maladi »
« Règ pa sal »
« Non, doulè règ pa nòmal. Leta, kisa w ap fè ? »

D’autres slogans résonnent sur la place :

« Y ap pale, men doulè a nan do m »
« San m se san m, kite m rakonte istwa m »

Pour plusieurs spectateurs, ce moment restera l’un des plus marquants de la journée.

Après la performance, de nombreux visiteurs se pressent pour prendre des photos avec les pancartes avant de poursuivre leur découverte des stands.

 

Musique, récompenses et festivités

À partir de 13 heures, la musique résonne sur toute la Place Saint-Pierre. Les participants dansent, échangent et profitent de l’ambiance festive.

Quelques minutes plus tard a lieu la remise des prix aux gagnantes d’un concours organisé par RÈG Ayiti sur Facebook et Instagram. Un quiz consacré aux menstruations permet également à plusieurs visiteurs de remporter des produits de protection menstruelle.

Aux environs de 14 heures, l’arrivée de la bande à Pipo transforme l’espace en véritable fête populaire. Enfants, adolescents et adultes se laissent entraîner par les animations. Même des visiteurs venus par curiosité rejoignent les festivités.

 

Un lieu de confiance et de libération

Le temps d’une journée, la Place Saint-Pierre devient bien plus qu’un lieu d’événement. Elle se transforme en un espace protecteur et ouvert, où il est possible de parler librement des menstruations, de poser des questions et de partager des expériences sans jugement.

À 16 heures, les stands commencent à se vider. Les visiteurs quittent progressivement les lieux. Pourtant, quelque chose a changé. Les brochures se rangent, les pancartes disparaissent et la musique s’arrête, mais les conversations se poursuivent.

Beaucoup repartent avec une meilleure compréhension des menstruations. D’autres avec des réponses à des questions qu’ils n’avaient jamais osé poser.

Parmi eux, un homme résume simplement son expérience :

« Bèl bagay nèt wi. »

Pour cette première édition, RÈG Ayiti et Nègès Mawon ont réussi leur pari : transformer un sujet longtemps entouré de silence en une conversation publique, éducative et inclusive.

Au-delà de son caractère festif, cette première Foire nationale de la menstruation démontre qu’il existe en Haïti un réel besoin d’espaces de dialogue ouverts autour de ce sujet. Pour les organisatrices, l’objectif est désormais de poursuivre cette mobilisation afin que la santé et la dignité menstruelles soient pleinement reconnues comme des enjeux de droits humains et de justice sociale.

Avant de quitter les lieux, les organisatrices laissent un dernier message :

« Pale de règ, se sove lavi. »

Dalanne Farinja Théodore

Cliquez sur ce lien pour découvrir un autre article sur les règles:

Premier article:

https://lenouvelliste.com/article/264314/dalanne-farinja-theodore-15-ans-laureate-du-concours-reg-ayiti

Deuxième article:

Le lavage des mains à l’eau et au savon : un geste simple qui sauve des vies

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