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Jovenel Moïse, cette voix d’outre-tombe qui nous parle

Poème / LA TRANSE DES MASQUES DE MARNATHA Irène TERNIER

La Rédaction Par La Rédaction
7 juillet 2024
Dans Actualités, Nationales
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Jovenel Moïse, cette voix d’outre-tombe qui nous parle

Jovenel Moïse

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Ce poème cadencé par des accents d’Arthur Rimbaud, le poète aux semelles de vent, est un long fleuve lyrique extrait de « La Transe des Masques », un ouvrage signé Marnatha Irène Ternier paru sous le label de C3 Édition en 2024. Trente quatre pages d’une prodigieuse densité.  Trente quatre pages de cri pour rendre Hommage à Jovenel Moïse, le président assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, dans sa résidence privée à Pèlerin 5, dans les hauteurs de Pétion-Ville. Ce poème de Ternier empoigne le cœur.

Jovenel Moïse

Ma ville de confusions
Ma ville de grèves
Ma ville de soulèvements généraux
Ma ville d’état de siège
De barricades enflammées
Et de propos tonitruants
Contre un Président élu
Qu’on rêve de mortifier
De juguler
De projeter dans la fosse aux lions
D’assassiner
Je la cherche encore
parmi les ruines

Ma ville parle et parle
Tel un poème qui se rumine
Ma ville est une pètpèt mayi qui défie la chaudière

Où es-tu Caïen?
Où es-tu Abel ?

Où est ton frère ?

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Que tu as vilainement massacré ?

Le four est ma saison
Et le feu honore la cendre blanche
On dirait une poupée de cire
Une poupée de fillette lalo
Avec un châle rouge autour du cou
Avec un tour de cou émaillé de sang vif
Qui serait celui du cabri écorché
Un boudin au basilic séché
Qui peine à régaler
Qu’as-tu fait de ton pays ?
Qu’as-tu fait de tes honneurs ?
Qu’as-tu fait de la Dessalinienne ?

Pour le pays
Pour les ancêtres
Marchons unis

Ma ville de vaines disputes et de tous les combats
Ma ville de peurs et de chiens affamés
Ma ville d’acteurs qui jouent si bien leur rôle de mafieux
Leur rôle de cancres
Leur rôle de pitres à faire rire
Leur rôle de vendeurs
de patrie
De vendeurs de frontières
De vendeurs de terres
Apprivoisés
De vendeurs sans scrupule et sans état d’âme

Mais où est passé
Mon acte d’Indépendance ?

Où est passée l’Indépendance ?

Où est ma naissance ?

D’où provient mon émanation?
Où retrouver mon animation?

Où sont
La guerre des Six Jours
La bataille de Vertières
Où es-tu Vertières ?

Pourquoi es-tu parti
Sans dire un mot ?
Pourquoi errer parmi les morts
Alors qu’ici tant de morts ont bien besoin de toi
pour trouver une sépulture ?
Ma ville de feux d’artifice
Et de toutes les distinctions qui s’effacent
D’un théâtre à un autre où la salle est remplie
De tant de générosités
Que de talents polyvalents
Passés maîtres
En art d’improviser
Et de copier
Pour mieux calquer
On eût dit des moines copistes et sans inspiration
Des moines aux gazouillis d’enfants qui ont du mal
à faire leurs premiers pas sur scène

Là-bas
Tu as du mal à nous entendre

On dirait que tu pleures
Les dialogues
Tes sermons
Les répliques
Tes injures
Les acteurs
Tes menaces non voilées
Ô maladresse

Ayibobo

Première de couverture du livre de Marnatha I. Ternier

Les spectateurs
Tes feintes de corps
Les artificiers
Tes flèches à peine lancées
Les lois de la nature
Le sang qui court
à perdre haleine
Les coulisses
du mensonge triomphal
Oh
Divinités du karma
Les feuilles sèches

Ton arbre à pain

Les vagues souvenirs
du ciné Paramount
qui m’offre à voir du porno pour enfants
Sous un soleil chaud
On en rit
Si la magnificence de la trahison
n’est que
ce qui reste
à l’homme
d’espérer
Alors toute la méchanceté des traîtres est ensevelie

Ayibobo

Au ciné, c’est magique
Ce soir
Avec cette cruauté impitoyable autorisée
Cette cruauté qui impose
le rythme
Au kaléidoscope
en mal d’élucubration
C’est tragique

Et si tragique
Que l’on ne sait pas
Toujours nommer
L’enfant qui vient de naître
Ni son père
Ni sa mère

Ayibobo

Or
comment identifier les espèces vivantes
Les maîtres de la dérision
La déception
Du premier citoyen
Qui décroche son téléphone à certaines heures de la nuit
Sans que personne
ne vienne à son secours
Ni sa garde rapprochée
Ni le chef de police
Ni le CSPN
Ni les USP
Ni l’USGPN
Ni la chauve-souris
Ni la mouche
Ni le rat
Ni le cafard
Ni la brise
Ni les flots
Ni la mer

Ayibobo

Il faut à tout prix
Sauver Moïse des eaux
Il faut sauver d’abord
les eaux

Puis
Force est de tourner le dos
À la femme cassant les eaux
Ce qui en fait est amplement considéré comme
un
Élément déclencheur
Du renouveau
Un élément des eaux permettant ainsi
Au peuple de frayer son chemin
D’embaumer son train
Enchanté d’un rien
De sauver MOÏSE
Parti comme un chien
C’est un si beau et serein projet de cruauté
Où c’est le roi qui meurt et trépasse
Sans crier gare…

Ô roi
Qui fut ce que nous sommes
Rien
Que des êtres qui passent
Que des lumières
qui s’éteignent

Le roi ne meurt pas
de sa belle mort
Le roi n’est que malade
Le roi n’est pas mort
Il est tout assassiné
Le roi regardant au loin
Le siège de son voyage
Sans fin
Il est présent ainsi
au milieu des absents
Parmi d’anciens démons

Ayibobo

Il respire l’odeur des squelettes
laissés pour compte sur sa petite table
de travail royal
Il y en a qui disent
Il y en a qui trompent
Il y en a qui se trompent
Il y en a qui mentent
Il y en a qui trahissent
Il y en a qui exploitent
Il y en a qui se voilent la face et qui remontent
chaque jour
leur masque en argile
Qui s’encagoulent
Et s’encanaillent
Il y en a qui chantent
à la place du coq
Il y en a qui voient
Saint-Pierre
Et qui le nient
et qui renient
Mais lui
Il vit parmi les siens
Qui ne font qu’un
Anciens et Nouveaux
À l’horizon

Ayibobo

Il vit parmi ces officiels
Qui n’ont rien à voir désormais
Avec un ciel clément quelconque
Plus rien

Le titre donné au mal pour se faire adorer
Pour se faire adopter
Pour se faire respecter
Des chefs emportés
Par le vice
Chacun est lié aux autres
Par des détours malicieux
Par un dessin créé à dessein
À la recherche du venin libéré
Dans le sein
De sa mère

Ayibobo

Partir ou fuir
À la recherche
De ce temps de tendresse
À la recherche de cette peste «d’Albert Camus»
Qui ronge notre peuple effrayé
Partir à la recherche du mal
Et dire qu’on se trompe
De chemin
Admirer l’étoile filante
Depuis sa propre maison
Sa propre raison
Avec ses souvenirs
Ses illusions
Portant les couleurs d’été
Ses passions aussi belles que douloureuses
Ses images éblouissantes
et dépourvues de sens

Ayibobo

Tout naît
De la pensée
Tout ce qui pousse comme un djondjon
Tout ce qui s’ajoute
À cette odeur de terre arrosée par la pluie fine
Tout ce qui nous émeut
À tort et à raison

Après la pensée vient le cri
Et les plaintes éclatent
L’hystérie des lions
Qui déchaînent
Maudire ce qui bouge
Autour de soi
Se promener pieds nus
Dans les bois

Ayibobo

Jouer les nomades à la recherche du beau temps
Arpenter les compartiments de l’Arche de Noé
Dans un jeu de marelle serré
Broyer du noir
Et dans le noir de ce camp de concentration imposé
Improvisé
On est tout sauf des bons
à rien
On est tout et on est bon
à crever
Il faut délier les liens
Et ne se limiter à rien
Se résigner à faire le plein
Sur des ruines d’air
et d’hirondelles
Alors le temps mis en attente est infini
Le temps ne semble pas
Pouvoir chasser l’ennui

Ayibobo

Qui te purifiera de tant d’obscénités ?
Qui peut inventer cette gomme
Capable de ranimer les blessures de la chair
Qui ont marqué à tout jamais nos âmes et nos esprits ?

Qui pourra conjurer l’obscurité
Transcender ces ombres et faire jaillir la lumière ?

J’imagine la jolie liste bleue de l’autre côté de l’océan
Elle remue un peu le vent
Et balaye le sable blanc
elle se pavane pendant
des siècles
son rayon supposément sourd et aussi lourd
Que la gorille
du Cap-Français

Ayibobo

Et tout aussi mignon que la margelle exorcise notre lit de rencontre
notre lit d’amour
Et de rayons capables de crever avec aisance
L’œil des papillons noirs sauvages
Qui ont su garder
Avec un bâton
L’enthousiasme de continuer
À défier la voix du destin sans issue
Impossible d’ôter cette foi déjà transmise
Sans ce bâton
De pèlerin
Qu’est l’idéal dessalinien
Impossible de faire place à la lumière étincelante du pur blanc
Et faire souffler dans un mouvement assez lent
D’horloge manœuvrée
Le calendrier grégorien adapté à nos frasques

Ayibobo

Ces déshérités
Sur lesquelles
on ne peut compter
Ce cirque est mouvementé
Le spectacle enfin
Va commencer
Et comme au cache-cache lubin, il faut sere lubin
sous la table dégradante

Il faut se saouler d’une boisson inique
Chanter les tumultes d’un karaoké

Le Ee Mungu Nguvu Yetu
Mais que chantent-ils ?

Je ferme les yeux pour
me transporter dans nos mille différentes tribus africaines

Ayibobo

L’Atlantide
Soudain réapparait
Au son du tambour des Taïnos,
Mes paupières dansent follement
Fiévreusement
Avec Stevy Mahi
et James Germain

«Mon Haïti Chérie».

Marnatha Irène TERNIER
Juin 2024

Cliquez ici pour accéder à cette vidéo

Etiquettes: #Président d'HaïtiInsécuritéJovenel MoisePétion-Ville
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