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Le prix à payer pour garder l’espoir

Une immigrante retrace son horrible périple vers les États-Unis

La Rédaction Par La Rédaction
2 février 2022
Dans Actualités, Internationales, Nationales, Publications
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Le prix à payer pour garder l’espoir
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Certains des immigrants du pont de Del Rio, Texas, ont relaté les péripéties de leurs voyages au personnel de l’Immigrant Family Services Institute (IFSI), une ONG établie à Boston, dans l’État du Massachusetts. Nous vous présentons ici l’un de ces récits, tout en espérant que d’autres immigrants peuvent en tirer de l’inspiration, des leçons clés et des conseils sur les moyens de naviguer le périple dangereux vers les États-Unis et le processus d’intégration dans la société américaine. Ces récits peuvent aussi éduquer le grand public américain, y compris les décideurs politiques et les fournisseurs de services, sur les besoins multiples des immigrants. « “Le prix à payer pour garder l’espoir” capture l’expérience à la fois tragique et réconfortante d’une famille haïtienne. » – Dr. Géralde Gabeau, Fondatrice & Directrice Exécutive (IFSI).

Le prix à payer

Andrise est née à Port-au-Prince. Avant son arrivée aux États-Unis, elle a passé 13 de ses 29 ans d’âge à l’étranger : dix en République Dominicaine, où elle a grandi, et trois au Brésil, un peu plus tard. À travers ses voyages, tout ce qu’elle veut, c’est trouver un lieu où elle peut vivre, travailler et élever sa famille en toute sécurité, parce que son pays d’origine, ravagé par des désastres naturels et des crises politiques incessantes, est miné par la pauvreté, l’insécurité et le chômage endémique.

Comme elle n’a pas pu renouveler son visa en République Dominicaine, elle retourna en Haïti. Mais les conditions de vie demeuraient dangereuses dans son terroir. Ainsi, comme beaucoup d’autres Haïtiens, elle et son mari émigrèrent au Brésil avec leur enfant. Malgré son permis de travail et sa maîtrise de la langue portugaise, elle ne pouvait pas trouver du boulot. En outre, à l’école, son fils âgé de six ans fit face au racisme. Il était victime d’intimidation, de dérision, et de bastonnades par ses camarades de classe à cause de ses longs cheveux et de son teint noir. Ses professeurs le protégeaient des fois de sérieux dommages. Il avait peur d’aller à l’école. « En tant que mère, j’étais venue au Brésil en quête d’une meilleure vie pour mon fils », confia Andrise. « Donc quand il ne cessait de complaindre combien il était intimidé et malmené à l’école, je ne voyais aucune alternative que de quitter ce pays. »

Cette fois-ci, Andrise et son mari décidèrent de se rendre aux États-Unis. N’ayant pas de visas, ils n’avaient d’autre choix que de voyager par voie terrestre : Une randonnée périlleuse à travers sept pays, marchant pendant de longues heures, et traversant des rivières à pied ou sur des embarcations de fortune. Ils savaient qu’un groupe grandissant d’immigrants, dont plusieurs étaient Haïtiens, faisait le voyage, s’attendant à de nombreuses difficultés. Pour Andrise, qui était enceinte de son deuxième enfant, c’était beaucoup plus dur qu’elle n’aurait jamais imaginé. Elle ne peut même pas en parler aujourd’hui. « J’étais presque morte, » dit-elle. « Des gens frappaient, violaient, et malmenaient les migrants. Quand ils vous demandaient de l’argent, si vous n’en aviez pas, ils vous battaient. Je suis l’une des victimes de ces agissements. » Les bandits ne l’avaient pas épargnée malgré le fait qu’elle était enceinte de huit mois.

Au Panama, un groupe d’hommes en uniforme battaient et violaient Andrise, pendant qu’ils forçaient son mari, une arme pointée sur la tête, à regarder la scène. Ils obligeaient aussi son fils à être témoin de leur acte horrible. « Ils ressemblaient à des soldats », dit-elle. « Comme j’étais enceinte, ils étaient supposés m’aider au lieu de me faire souffrir. J’étais en si mauvais état qu’ils étaient obligés de me laisser vivre car ils avaient peur de me voir mourir. Je me sentais si mal physiquement et mentalement que je passais ensuite 14 jours sans manger. »

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Elle était sur le point de tout abandonner, mais son fils l’encourageait à continuer le voyage. « Maman, continuons à marcher », lui dit-il, en prenant sa main et lui indiquant le chemin. « Dieu nous aidera parce qu’Il voit que nous sommes à la recherche d’une vie meilleure. » Mais Andrise reconnait qu’il a été traumatisé, car il devient anxieux n’importe quand il s’approche d’un espace boisé, ressemblant à la forêt où le viol s’était produit. « Maman, je ne veux pas aller dans les bois », disait-il alors. En ce qui a trait à son mari, à chaque fois qu’Andrise mentionne le viol, il refuse d’aborder ce sujet. « Je ne sais pas ce qu’il ressent parce qu’il ne dit rien. Il n’exprime jamais ses émotions quand des choses mauvaises lui arrivent. »

Au premier point de contrôle au Panama, Andrise fut admise à l’hôpital, où elle passa trois jours. Elle fit une déclaration de viol aux agents d’immigration afin que les malfaiteurs puissent être identifiés et traduits en justice. Mais ils rejetaient ses accusations et s’empressaient de la transférer au prochain point de contrôle. Bien qu’elle soit sérieusement traumatisée, elle n’a jusqu’à présent reçu aucun support psychologique. Elle est encore réticente à parler de son expérience, même avec des thérapeutes. « J’ai honte d’en parler, » dit-elle, retenant ses larmes.

A son entrée aux États-Unis, Andrise fut détenue au Texas, près de la frontière avec le Mexique, avec son mari et son fils. Ils furent libérés deux jours plus tard après avoir complété un entretien initial de demande d’asile. Ils restaient six jours à Kingsville jusqu’à ce que l’une des tantes d’Andrise lui envoya des billets d’avion pour Boston, dans l’État du Massachusetts.

Andrise vit maintenant à Revere, au nord de Boston, avec sa tante et d’autres membres de sa famille. Immigrant Family Services Institute (IFSI-USA), une institution à but non lucratif située à Mattapan, les a aidés à remplir le formulaire de demande du Statut de Protection Temporaire (TPS) et les a pourvus de produits de première nécessité. Après plusieurs mois, Andrise et son mari n’ont pas encore de permis de travail. Pour l’instant, ils dépendent du soutien de leur famille et de la communauté. Pendant qu’elle attend son permis de travail, Andrise aimerait apprendre l’anglais. Elle maîtrise déjà l’espagnol, le portugais, le français et le créole haïtien.

« Je n’encouragerais personne à faire l’expérience de ce que j’avais enduré pendant mon trajet périlleux pour arriver jusqu’ici », dit Andrise en réfléchissant sur son parcours. « Si vous décidez de venir ici en traversant toutes ces frontières, vous devez vous attendre à souffrir beaucoup. » Cependant, elle reste optimiste malgré les déboires du passé. « Je sens qu’il y a de l’espoir, et avec le temps, les choses vont s’arranger », confie-t-elle. « Je suis contente que mon fils aime son école. Je crois encore en l’avenir, la vie peut être meilleure. »

IFSI Immigrant Navigator Team: Mario Malivert, Larry Childs, Makendi H. Alce et William Pierre-Louis, Jr. Illustrations: Teddy K. Mombrun.

www.ifsi-usa.org

Tel. (617) 447-6522

Etiquettes: EnfantFemme enceinteImmigrationInsécuritéMSPPPeurPsychoseviolviolence
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