J’avoue que j’ai pris un grand risque sur la route nationale No 1

Transport en commun/ Tronçon St-Marc-Gonaïves

 

De Saint-Marc aux Gonaïves, la route de l’Artibonite donne à voir une Haïti confrontée à l’insécurité, à l’insalubrité et à la vulnérabilité environnementale. Un trajet de moins de deux heures qui commence dans la peur et se poursuit, à l’arrivée, par une bataille moins visible : celle de l’information sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

Exposé de Me Astrel Céus à la formation du RHJS aux Gonaïves

Il y a des voyages qui ne sont pas de simples déplacements. Celui-ci en est un. Le jeudi 13 août, je prends la route vers les Gonaïves, Cité de l’Indépendance et chef-lieu de l’Artibonite. Je dois rejoindre une équipe engagée dans une mission de formation sur les bonnes pratiques WASH — eau, assainissement et hygiène.

 

À Saint-Marc, la pluie tombe. Le ciel est chargé de nuages noirs et le tonnerre gronde. Dans un arrêt d’automobiles, les voyageurs attendent. Quarante minutes plus tard, l’autobus arrive. Nous montons. Le moteur démarre. Peu à peu, la cité de Nissage Saget disparaît derrière nous.

À peine sortis de Saint-Marc, le paysage change. Les eaux de ruissellement charrient des alluvions. Des sachets noirs et autres déchets jonchent les abords de la route. La pluie ne fait pas disparaître les problèmes. Elle les rend plus visibles.

 Une route sous tension

Cathédrale des Gonaïves

Nous traversons Pont-Sondé, puis Carrefour Paye. Un blindé de la Police nationale d’Haïti est stationné dans la zone. La présence de l’engin devrait rassurer. Pourtant, le secteur est presque désert. Peu de passants. Peu de mouvements. Atmosphère lourde.

Carrefour Paye reste marqué par les violences attribuées à des groupes armés opérant dans l’Artibonite, notamment Gran Grif. Ici, la route n’est plus seulement un axe qui relie deux villes. Elle peut devenir un espace de danger. Peur d’être arrêté. Dépouillé. Kidnappé. Rançonné. Peur, surtout, de ne pas arriver à destination.

Le véhicule avance. Nous atteignons L’Estère. À proximité se trouve l’ancien poste de péage associé au groupe armé dénommé Kokorat San Ras, aujourd’hui délogé de cette position. La zone est déserte. La végétation gagne les deux côtés de la route. Visibilité réduite.

Dans l’autobus, le changement est immédiat.

Les conversations cessent. Les téléphones sont rangés. Chacun semble comprendre qu’il vaut mieux rester discret. Pendant quelques instants, même un téléphone portable paraît pouvoir attirer l’attention. Le bruit du moteur devient presque le seul son audible. À cet instant, le trajet prend une autre dimension : nous ne traversons plus seulement une région, mais une zone où la peur fait partie du quotidien.

 Aux Gonaïves, une autre bataille commence. Le paysage change. Les premiers signes de cette ville apparaissent. Après de deux heures de trajet, la Cité de l’Indépendance nous accueille.

Je descends de l’autobus. Le véhicule poursuit sa route vers le Cap-Haïtien.

 Me. Astrel CEUS, Ph.D.

astrelceus563@gmail.com

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