À Ouanaminthe, ville frontalière du Nord-Est d’Haïti, la Maison d’Édition Toussaint a réuni directeurs d’école et enseignants pour un week-end de formation consacré aux enjeux de l’enseignement moderne. Entre partages d’expériences, débats sur le rôle du professeur et découverte des manuels du catalogue 2026, les participants ont exploré une idée centrale : aujourd’hui, enseigner ne se limite plus à transmettre un savoir, mais à accompagner les élèves dans la compréhension et l’apprentissage. Un moment intense qui a ravivé la réflexion sur la mission même de l’école haïtienne.
À près de 320 kilomètres de Port-au-Prince, dans cette ville frontalière de la République dominicaine, les salles de l’institution Jean-Paul II à Ouanaminthe ont pris des allures de laboratoire pédagogique le temps d’un week-end. Directeurs d’école, enseignants et élèves s’y sont retrouvés à l’initiative de la Maison d’Édition Toussaint (MET) pour une série d’ateliers de formation consacrés aux défis de l’enseignement moderne.
En ce dimanche 21 juin, dernier jour de la session, une trentaine d’enseignants occupent les bancs de la vaste salle baignée par la lumière chaude de l’été. Les regards sont attentifs. Les carnets ouverts. Une question vient ouvrir le champ de la réflexion.
Quand les enseignants définissent le “bon professeur”
« Qu’est-ce qu’un bon professeur ? Est-ce que le simple fait de maîtriser sa matière fait de quelqu’un un bon enseignant ? »
La question est lancée par Jérôme Espady, responsable de la direction de publication de la MET. Aussitôt, les mains se lèvent.
Yvrose Vincent, du Collège Laïque Adventiste, prend la parole. Puis viennent Augustin Edner, du collège Noyau du Savoir, Pierre Renan, de l’Institution Sainte-Bernadette, Déséïde Eunide, du Collège Teresa de Calcutta, ou encore Judeline Ladonis, venue de Jean-Rabel. Les interventions s’enchaînent.
« Quand on enseigne, il faut d’abord maîtriser la matière », affirme une enseignante de Capotille.
Espady secoue positivement la tête.
Un jeune professeur de Mont-Organisé ajoute : « Un enseignant doit être capable d’expliquer clairement. Tous les élèves n’ont pas le même niveau. Il faut adapter son langage pour que le cours soit compris. »
Dans la salle, les opinions convergent, se complètent parfois, se confrontent aussi.
Invité à poursuivre la réflexion, un directeur d’école de l’Acul-des-Pins avance une autre dimension du métier : « La motivation est essentielle. Même si vous connaissez parfaitement votre cours, si vous ne parvenez pas à motiver votre classe, le courant ne passera pas. » Puis il poursuit, suscitant plusieurs murmures approbateurs : « Il faut aussi enseigner avec amour. Quand les élèves aiment leur professeur et que le professeur aime ses élèves, ensemble ils peuvent soulever des montagnes. »
L’idée enflamme aussitôt les échanges.
Dans la grande salle de l’institution Jean-Paul II, le débat change de tonalité. Certains participants adhèrent à cette vision. D’autres préfèrent mettre l’accent sur le respect et l’autorité. Un enseignant n’est pas un camarade de classe, soutiennent-ils, mais un guide appelé à inspirer et à encadrer.
L’empathie pédagogique au centre des échanges
Au milieu des discussions, Jérôme Espady recentre les interventions autour d’une notion qu’il considère fondamentale : l’empathie pédagogique.
Loin d’être une simple marque de gentillesse ou de complaisance, explique-t-il, cette approche consiste à comprendre les difficultés, les réalités et les besoins des élèves afin d’adapter l’enseignement sans diminuer les exigences.
Lorsqu’un élève accumule les erreurs, celles-ci deviennent des indices permettant d’identifier ce qu’il n’a pas encore acquis. Lorsqu’un enfant timide hésite à prendre la parole, l’enseignant crée progressivement les conditions de sa participation.
Pour le formateur, cette empathie repose sur plusieurs piliers : l’écoute active, le respect du rythme d’apprentissage, la prise en compte des réalités sociales et culturelles, la capacité à encourager sans humilier et l’adaptation constante des méthodes pédagogiques.
Mais l’empathie ne remplace pas l’autorité.
Sur ce point, plusieurs directeurs d’établissement présents dans la salle acquiescent. La capacité à gérer une classe demeure, selon eux, l’une des qualités les plus recherchées chez un enseignant.
Pour Jérôme Espady, les deux dimensions sont complémentaires.
Le professeur, un guide à l’ère du numérique
« Un bon professeur est un guide, un motivateur, un accompagnateur. Il ne sait pas seulement ; il sait faire apprendre », dit-il.
La formule résonne dans l’assistance.
L’enseignement moderne, poursuit-il, ne se limite plus à transmettre des connaissances. À l’ère d’Internet, des encyclopédies numériques et de l’intelligence artificielle, l’information est disponible partout et à tout moment.
Le rôle du professeur a donc évolué.
Aujourd’hui, un véritable enseignant se reconnaît à sa capacité d’aider les élèves à comprendre plutôt qu’à mémoriser, à développer leur esprit critique, à susciter leur curiosité et à les accompagner dans leur parcours d’apprentissage.
« Un professeur n’est plus seulement un détenteur du savoir ; il est devenu un guide dans le monde du savoir », résume le formateur.
À la pause, les discussions se poursuivent dans les couloirs. Les participants découvrent également les nouveaux manuels scolaires du catalogue 2026 de la Maison d’Édition Toussaint, exposés pour l’occasion.
Les ouvrages attirent l’attention des directeurs d’école qui échangent avec les représentants de la maison d’édition sur les besoins de leurs établissements et les réalités du terrain dans le Nord-Est.
Après trois journées de formation, les participants repartent avec de nouvelles pistes de réflexion sur l’enseignement-apprentissage et une meilleure connaissance des outils pédagogiques proposés par la MET.
Lorsque la séance s’achève, en ce dimanche caniculaire de juin, plusieurs enseignants et directeurs entourent encore monsieur Espady.
Une même question revient dans les conversations : « À quand la prochaine formation dans le Nord-Est ? »
La réponse n’est pas encore connue. Mais au vu de l’enthousiasme suscité par cette rencontre, la demande, elle, est déjà lancée.
Claude Bernard Sérant
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