La mort du Dr Roger Germain relance la question de l’effondrement progressif du système de santé haïtien dans un contexte d’insécurité généralisée.
Par Gladimy Ibraïme
Cette semaine, le pays a perdu un nouvel acteur de son système de santé. Sous des balles assassines, le Dr Roger Germain, 78 ans, est tombé le 26 mai 2026 sur la route de Bourdon, à Port-au-Prince. Selon plusieurs médias haïtiens, il a été criblé de balles alors qu’il résistait à une tentative d’enlèvement.
Le décès du médecin, homme d’affaires et propriétaire de Gamma Laboratoires, à Lalue, est perçu comme un choc pour la communauté médicale et pour tous ceux qui l’ont connu.
Le départ prématuré de ce professionnel de la santé vient allonger la liste des pertes en vies humaines enregistrées dans les rangs des soignants dans le contexte de la crise sécuritaire en Haïti. Il ne fait aucun doute que cette liste est longue. Elle est même trop longue pour un pays qui ne comptait, avant la crise, que 6,3 professionnels de santé pour 10 000 habitants (Direction des ressources humaines du ministère de la Santé publique et de la Population, 2017).
La situation des ressources humaines en santé, déjà bien en dessous du seuil minimum de 25 professionnels pour 10 000 habitants recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), était alarmante dès 2017. Et cela, sans compter les conséquences de l’hémorragie provoquée par le programme Biden et par la crise sécuritaire.
Un système de santé qui se vide de ses soignants
Quel pourcentage des 23 171 employés du système de santé haïtien est encore en vie, présent dans le pays ou toujours en activité ? Aucune donnée n’est disponible. Mais une chose est certaine : le pays compte aujourd’hui moins de soignants.
L’assassinat du Dr Roger Germain, comme celui de tous les autres médecins, infirmiers et infirmières, sages-femmes, pharmaciens et pharmaciennes, technologistes médicaux et médicales, vient aggraver la situation d’un système de santé déjà affaibli par de nombreux maux structurels. Sans oublier que seulement quatre hôpitaux sur dix étaient encore fonctionnels en Haïti en 2024, selon l’Unicef, les autres ayant été brûlés, pillés ou fermés.
Force est de constater que notre inhumanité a atteint de tels sommets que nous ne nous préoccupons même plus de préserver les structures et les professionnels censés nous offrir des soins de santé lorsque nous en aurons besoin. Et Dieu seul sait combien le contexte actuel du pays, l’insécurité et le stress qui en découle rendent chaque Haïtien vulnérable à tant de maladies, à une balle ou à un accident de la circulation. En ce sens, le criminel aussi bien que la personne paisible sont logés à la même enseigne.
Dans une telle situation, il faut reconnaître que chaque balle tirée est une balle de trop. Chaque vie fauchée est une vie de trop. In fine, c’est un soignant en moins au chevet d’un patient, voire du tireur lui-même.
Au fond, la question est légitime : à la fin, qui restera pour nous soigner ?
