F𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐌inistère de l’Environnement 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐯𝐚𝐥𝐨𝐫𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐝é𝐜𝐡𝐞𝐭𝐬

Quand la créativité redonne espoir aux déplacés

Et si les déchets qui enlaidissent nos villes devenaient des instruments de création et de transformation sociale ? À Pétion-Ville, une formation sur la valorisation des déchets a permis à une soixantaine de participants de découvrir que l’art peut non seulement embellir l’environnement, mais aussi ouvrir des perspectives économiques et renforcer la résilience des communautés les plus vulnérables.

Dans la cour du Collège méthodiste de Frères, les coups de marteau résonnent sous le soleil. Ici, pas de salle de classe traditionnelle. Des pneus usagés, des carcasses de vélos, des morceaux de ferraille, du plastique et du carton sont éparpillés sur le sol. Pourtant, entre les mains d’une soixantaine de jeunes et d’adultes, ces rebuts prennent une tout autre dimension.

Du 20 au 26 mai 2026, le Centre culturel Les Ateliers Tebo a organisé une formation sur la valorisation des déchets avec l’appui de l’Alliance mondiale contre le changement climatique (AMCC+) et le soutien du Ministère de l’Environnement. Parmi les participants figuraient des femmes, des jeunes et des résidents de camps de déplacés de Pétion-Ville, Delmas et des zones avoisinantes.

L’ambiance est studieuse, mais surtout créative. Sous les conseils des moniteurs, les participants découpent, assemblent et transforment des objets abandonnés en véritables sculptures. Là où certains ne voyaient que des déchets, eux découvrent désormais une matière première pleine de possibilités.

David Thebeaud, dit Tbo 109 dans ses propos de circonstance

« Ces matériaux que nous croisons chaque jour devant nos camps deviennent aujourd’hui des œuvres d’art », explique un participant, fier de présenter sa création.

Art et environnement, un pillier dans ce combat

À la tête de cette initiative se trouve David Thébeaud, plus connu sous le nom de Tbo 109. Artiste engagé, il a fait de la protection de l’environnement et de la création artistique les piliers de son combat. Durant toute la semaine, il a accompagné les apprenants avec passion, partageant son savoir-faire et sa vision.

Pour lui, l’art peut devenir une réponse concrète à la dégradation de l’environnement.

« En vérité, je n’arrive pas à comprendre l’inconscience de notre société sur la question environnementale. Face à cette rage destructrice qui dépasse l’imagination, j’oppose l’art et la beauté pour sauver l’environnement », confie-t-il. Dans ce même élan, Tebo n’a pas manqué d’exprimer sa gratitude envers l’agronome Sonia Orismé. Durand les cinq jours de la séance de formation, celle-ci a encadré les Ateliers Tébo, cette marque a poussé les moniteurs à aller plus loin.

Au-delà de l’apprentissage artistique, cette formation ouvre aussi des perspectives économiques. Plusieurs participants découvrent dans la fabrication d’objets décoratifs et utilitaires une potentielle source de revenus. Transformer des déchets en produits valorisés devient ainsi un moyen d’améliorer leurs conditions de vie tout en contribuant à l’assainissement de leur environnement.

Cette initiative s’inscrit dans la vision du Ministère de l’Environnement qui entend renforcer les capacités des communautés en matière de gestion durable des déchets, favoriser l’inclusion sociale et encourager les activités génératrices de revenus.

Lors de la cérémonie de clôture, les sculptures réalisées par les participants ont suscité admiration et enthousiasme. Les Ateliers Tebo ont pu identifier plusieurs talents prometteurs, démontrant que la créativité existe partout, même dans les contextes les plus difficiles.

 

Pour Musette Thomas, coordonnatrice de l’UGIE, il est essentiel de promouvoir une approche fondée sur l’équité et la participation des groupes vulnérables aux politiques environnementales.

De son côté, Yves Bernard Remarais, directeur de cabinet du Ministère de l’Environnement, a rappelé que cette activité s’inscrit dans le programme Konbit Haïti Zéro Déchet, qui vise à faire de la protection de l’environnement un levier de transformation sociale, de création d’emplois verts et d’amélioration du cadre de vie.

Pendant une semaine, ces jeunes et ces adultes n’ont pas seulement appris à manipuler des matériaux recyclés. Ils ont développé un nouveau regard sur leur environnement. Un regard qui voit dans les déchets non plus un symbole de dégradation, mais une opportunité de création, de sensibilisation et d’espoir.

Car derrière chaque sculpture réalisée se cache un message simple mais puissant : l’être humain possède la capacité de transformer ce qui semble inutile en source de beauté, de dignité et de changement.

Claude Bernard Sérant

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