Quelques mois après l’incendie criminel qui a détruit son ancien local à Delmas 19, la Maison d’Édition Toussaint (MET) reprend vie dans un nouvel espace à Bourdon. Devant des élèves et des responsables d’établissements scolaires, le diplomate haïtien Pierre Antoine Louis a livré une conférence sur l’histoire d’Haïti, la responsabilité citoyenne et la nécessité de reconstruire la conscience nationale. Entre mémoire des flammes et volonté de renaissance, l’événement avait valeur de symbole.

Dans les jardins de la Maison d’Édition Toussaint (MET), transformés pour l’occasion en espace de réflexion et de célébration culturelle, élèves, directeurs d’école, enseignants et invités spéciaux ont assisté à une conférence du diplomate haïtien Pierre Antoine Louis autour de l’histoire nationale, de la conscience citoyenne et du destin d’Haïti.
Le public était notamment composé d’élèves de Saint François d’Assise, Dominique Mazarello, de l’Institut Anne-Marie Javouhey de Pétion-Ville, ainsi que des lycées Jean-Marie Vincent et de Pétion-Ville, entre autres établissements scolaires.
L’atmosphère avait quelque chose de solennel et d’émouvant. Sous des tulles blanches flottant comme des nuages de coton traversés par le soleil de mai, des rideaux bleus encadraient un espace décoré de ballons et d’affiches de la MET. Des ouvrages étaient exposés le long des allées dans ce nouveau local de la rue Reimbold, à Bourdon. Debout, microphone à la main, le diplomate s’adressait au public dans cet espace en plein air baigné de lumière.
Avant même d’aborder le thème de sa conférence, Pierre Antoine Louis a tenu à saluer le courage et la détermination de Frantz Toussaint, fondateur de la Maison d’Édition Toussaint. Le diplomate a décrit l’éditeur comme « une force qui refuse de tomber malgré l’adversité ».
Dans la nuit du 20 au 21 mai 2025, un incendie criminel avait ravagé l’immeuble de la MET à Delmas 19, en pleine crise sécuritaire. L’imprimerie, les bureaux et les livres avaient été consumés par les flammes, ne laissant derrière eux que des structures calcinées et des espaces réduits à des amas de ferraille. Pourtant, malgré la violence du sinistre, Frantz Toussaint a choisi de reconstruire. La MET renaît aujourd’hui dans un nouveau local situé au 19, rue Reimbold, à Bourdon.
Moment de renaissance collective

Au premier rang, le PDG Frantz Toussaint suivait la conférence avec émotion. À ses côtés, Madame Toussaint et l’ensemble des employés de la maison d’édition étaient présents pour témoigner de ce moment de renaissance collective. Dans les regards, une fierté discrète se mêlait encore au souvenir du drame.
Le diplomate a ensuite développé son propos autour de la responsabilité citoyenne, qu’il situe au cœur de toute construction sociale. Selon lui, elle commence dans la famille, avec les figures parentales, avant de s’étendre au quartier, à la commune, au département, puis à l’ensemble du pays. Chaque acteur social (enseignants, religieux, praticiens des traditions, intellectuels), dit-il, participe, à la fabrication du tissu national.
Pierre Antoine Louis a également livré une réflexion sur les échecs historiques et les fragilités institutionnelles d’Haïti, estimant que le pays a souvent manqué de vision collective pour bâtir durablement ses structures.
Revenant sur l’histoire nationale, il a évoqué la Révolution haïtienne, le Code noir, ainsi que les grandes figures de l’indépendance, de Toussaint Louverture à Alexandre Pétion. Il a rappelé que le combat des ancêtres haïtiens entre Bois-Caïman en 1791 et la victoire de Vertières en 1803 s’est inscrit dans un laps de temps relativement court, marqué par une résistance exceptionnelle face à l’une des armées les plus puissantes du monde.
Il a aussi insisté sur la portée internationale de la Révolution haïtienne, notamment à travers le soutien décisif apporté par Alexandre Pétion à Simón Bolívar, qui contribua à l’émancipation de plusieurs nations d’Amérique latine.
Une exposition installée sur les lieux
À la fin de la conférence, le public a été invité à visiter une exposition installée sur les lieux. Les élèves, les enseignants et les directeurs d’école ont déambulé entre les ouvrages exposés, commentant les œuvres et échangeant leurs impressions dans une atmosphère à la fois studieuse et émotive.
C’est également à ce moment que les traces du passé ont repris toute leur force symbolique. Des photographies exposées témoignaient du sinistre survenu dans la nuit du 20 au 21 mai à Delmas 19 : on y voyait le matériel calciné, les murs rougis par les flammes, les bureaux consumés par le feu, réduits à un amas de ferrailles et de cendres. Ces images rappelaient avec force l’ampleur de la destruction, mais aussi la résilience d’une institution décidée à renaître.
Dans ce nouvel espace de Bourdon, entre mémoire du feu et promesse d’avenir, la Maison d’Édition Toussaint s’impose désormais comme un symbole de continuité culturelle. Un lieu où l’on ne célèbre pas seulement les livres, mais aussi la volonté de ne pas disparaître.
Rédaction : Claude Bernard Sérant
Photos : Jobenson Andou












Discussion à propos de post