Une bonne communication interpersonnelle pour une meilleure prise en charge médicale

 

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Par Jobenson Andou

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Le silence habituel de la salle de conférence du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) a laissé place, ce jeudi 27 novembre 2025, à un échange franc et direct entre le Dr Jeanty Fils Exalus et les journalistes du Réseau Haïtien des Journalistes de la Santé (RHJS). Dès les premières minutes, le directeur de l’Unité de Communication et des Relations Publiques a planté le décor avec une déclaration sans équivoque :

« Un.e professionnel.le de santé qui n’accorde pas son attention aux patients qu’il ou elle reçoit risque fort de poser un mauvais diagnostic. Et un mauvais diagnostic, c’est très souvent une chaîne de conséquences qui peut compromettre gravement le rétablissement du patient. »

Le directeur de l’UCRP du MSPP, Dr Jeanty Fils Exalus

D’entrée de jeu, sa voix ferme mais posée annonce qu’il ne s’agit pas d’une critique gratuite mais d’un constat douloureux nourri par l’expérience du terrain. Devant une salle attentive, le spécialiste en santé publique insiste : la communication n’est pas un élément secondaire de la prise en charge médicale, c’en est l’un des piliers fondamentaux.

« La communication entre les prestataires de soins et les patients n’est pas une option. C’est un devoir professionnel et humain. C’est à travers elle que s’établit la confiance, que se clarifient les attentes, et que se construit la compréhension mutuelle nécessaire à un traitement efficace. »

Toutefois, le Dr Exalus ne s’empresse pas d’accabler les acteurs du système sanitaire. Il souligne d’un ton empreint de réalisme les conditions difficiles dans lesquelles évoluent bon nombre de professionnels. Dans certaines zones, un seul médecin peut être contraint de répondre aux besoins d’une centaine de patients.

« Quand un professionnel doit prendre en charge une foule de personnes dans une seule journée, il est évident que la qualité des interactions peut en souffrir. Ce n’est pas parce que ces médecins sont irresponsables, mais parce qu’ils évoluent dans un contexte où les ressources humaines sont dramatiquement insuffisantes. »

Cependant, malgré cette réalité implacable, le directeur s’autorise une mise au point cruciale :

« Je préfère dire les choses clairement : mieux vaut ne pas accueillir un patient du tout que de le recevoir à la hâte, sans attention, au risque d’aggraver son cas. L’accueil est une étape critique de la prise en charge. C’est le premier remède — parfois même le plus déterminant. »

Il appelle à considérer chaque interaction soignant–patient comme un acte thérapeutique à part entière. Un regard, un mot, une explication donnée au bon moment peuvent réduire l’anxiété d’un patient, augmenter son adhésion au traitement et même accélérer le processus de guérison.

« Mal accueillir un patient, c’est lui envoyer un message négatif : la solution que tu cherches n’est pas ici. Un accueil chaleureux et professionnel, au contraire, prépare le terrain pour une prise en charge efficace. C’est là que tout commence. »

Dr Exalus développe longuement l’importance de l’explication détaillée des procédures médicales, qu’il s’agisse d’examens ou de traitements. Pour lui, il s’agit d’un droit fondamental du patient et d’un devoir incontournable du soignant.

« La communication doit être attentive, patiente, centrée sur l’expérience du malade. On ne doit rien négliger : expliquer pourquoi un examen est prescrit, à quoi il sert, ce qu’il peut révéler. Pour les médicaments, il faut détailler comment les prendre, à quel intervalle, quelles interactions éviter, et surtout pourquoi ils sont nécessaires. Un patient informé est un patient mieux protégé. »

Après avoir décrit ce qui devrait constituer une prise en charge standard, le Dr Exalus invite ses pairs à revoir leurs approches, malgré les contraintes qui jalonnent leur quotidien professionnel.

« Prenez le temps qu’il faut pour que chaque prise en charge soit une réussite. Ce n’est pas seulement pour l’honneur de votre profession, mais pour la dignité de chaque personne qui franchit la porte d’un centre de santé. C’est ainsi — et seulement ainsi — que nous pourrons rehausser la qualité de notre système de santé. »

Ses paroles résonnent comme un appel à un changement structurel, mais aussi culturel, de la relation médecin-patient en Haïti. Un rappel que, au cœur de la médecine, avant les machines et les molécules, il y a l’humain — et la manière de lui parler.

Jobenson Andou

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