Devant la presse et divers acteurs du secteur humanitaire, Soeurette POLICAR, la représentante du secteur ONG du Comité de Coordination Multisectorielle (CCM-Haiti) et directrice exécutive de l’Organisation de Développement et e Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), a présenté, le mardi 9 décembre 2025, le bilan annuel du secteur ONG impliqué dans la réponse sanitaire financée par le Fonds mondial. Une prise de parole ferme, structurée et engagée, dans un contexte où Haïti traverse l’une des crises les plus complexes de son histoire récente.
Un bilan sous pression, mais un engagement constant
Dès l’ouverture de son intervention, Soeurette Policar, en ligne, a rappelé le processus annuel qui permet d’évaluer les actions menées par les structures partenaires du Fonds mondial. Pour l’année 2025, qui représente la deuxième phase du cycle de financement 2024-2026, les organisations haïtiennes ont travaillé sur trois axes prioritaires : la lutte contre la tuberculose, le VIH/SIDA et le paludisme.
Malgré l’insécurité, les déplacements massifs de populations, l’effondrement économique et les obstacles logistiques, le secteur est parvenu à réaliser environ 75 % des activités prévues.
« Nous ne pouvons pas réaliser 100 % des interventions, parce que le pays ne nous l’a pas permis. Nous faisons face à l’insécurité, à la faim, au déplacement. Mais malgré tout, nous tenons, pour que les gens continuent à recevoir les services essentiels », a déclaré la directrice de l’ODELPA.
L’alerte : Haïti risque de perdre des fonds vitaux
L’un des points centraux du message de Soeurette Policar concerne les obligations de relief et de justification financière exigées par le Fonds mondial. Le pays doit démontrer que les ressources reçues sont correctement utilisées, sans quoi les financements pourraient être suspendus : « S’il n’y a pas de relief, les fonds mondiaux risquent de ne plus entrer en Haïti. Nous recevons six financements pour l’année, et chacun doit être clairement justifié pour que le pays conserve ces ressources », a-t-elle insisté.
Elle rappelle que ces mécanismes de transparence passent non seulement par les ONG, mais aussi par les institutions étatiques, qui doivent vérifier, valider et documenter les activités.
Des actions concrètes, au-delà des soins directs
Même si certaines interventions n’ont pas pu être réalisées en totalité, ODELPA et ses partenaires ont investi dans des initiatives durables. Une partie du financement vise désormais à renforcer les infrastructures sanitaires, particulièrement dans les zones reculées.
« Même si nous n’avons pas tous les fonds nécessaires pour former les équipes ou payer toutes les ressources, nous construisons des espaces, des dépôts, des unités qui pourront servir au pays même après la fin du projet », explique Mme Policar.
Ces structures permettront d’assurer la disponibilité de matériel, le fonctionnement d’antennes locales, ou encore la mise en place de services capables de continuer à traiter le paludisme et la tuberculose malgré les crises successives.
2026 en ligne de mire : priorités et recentrage stratégique
Pour l’année 2026, les ONG du secteur prévoient un recentrage des activités pour réduire les retards ; une implantation plus stratégique des interventions, avec des focal points dans chaque département ; une réduction des lourdeurs administratives afin d’accélérer la mise en œuvre ; un renforcement des capacités communautaires pour assurer la continuité des services.
Soeurette Policar insiste : pour maintenir les financements et éviter que les projets ne s’arrêtent brutalement, chaque organisation doit “faire plus avec moins”, dans un pays où tout – sécurité, nutrition, mobilité – influence la santé.
La représentante du secteur ONG du Comité de Coordination Multisectorielle termine avec un message empreint d’émotion et de lucidité. Elle reconnaît la fatigue, l’usure et le découragement qui gagnent même les équipes les plus engagées, mais rappelle que les structures communautaires et associatives restent le dernier rempart pour aider la population. « Nous sommes fatigués, oui. Nous avons beaucoup de problèmes. Mais nous devons continuer. Nous devons parler aux gens qui peuvent aider, aux associations qui veulent s’impliquer, pour que la population reçoive les services avec respect, qualité et dignité. »
Elle appelle à la collaboration de tous : autorités, ONG, communautés locales. Car chaque activité réalisée, chaque rapport validé, chaque service rendu contribue directement à éviter que Haïti ne perde des financements vitaux pour lutter contre des maladies toujours présentes.
À travers cette présentation de bilan, Soeurette POLICAR se positionne non seulement comme gestionnaire de projet, mais comme porte-voix d’un secteur entier qui travaille dans des conditions extrêmes pour maintenir debout les services essentiels de santé publique. Son message est clair : le pays ne peut pas se permettre de perdre les financements du Fonds mondial. Et pour cela, chacun doit jouer son rôle, sans relâche.
La rédaction