Diabète, ce fléau qui progresse à visage couvert en Haïti : la FHADIMAC tire la sonnette d’alarme

Journée mondiale du diabète / UCMNTT / MSPP

 

À l’occasion de la Journée mondiale du diabète, la FHADIMAC a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence au MSPP : plus de 470 000 adultes haïtiens vivent avec le diabète, souvent sans le savoir, tandis que la maladie frappe de plein fouet la population en âge de travailler. Entre malnutrition, complications sévères et manque de soutien en milieu professionnel, l’organisation appelle à une mobilisation urgente pour renforcer la prévention, l’accompagnement et la prise en charge nationale.

Sous la houlette de l’Unité de Coordination des Maladies Non Transmissibles et des Traumatismes  (UCMNTT) du Ministère de la Santé Publique et de la Population, le vendredi 14 novembre 2025, la salle de conférence du Ministère a accueilli une rencontre de sensibilisation autour du thème national : « Pour la prévention du diabète, nous faisons le test, nous prenons soin de nous-mêmes », et le sous-thème : « Diabète et bien-être : Informer, dépister, prévenir ».

Devant un public composé majoritairement d’étudiants, d’écoliers et de cadres du MSPP, la directrice exécutive de la fondation, Dr Nancy Charles Larco, a délivré un message fort.

Dr Nancy Charles Larco, la directrice exécutive de la FHADIMAC

 

Une alerte nationale sur une maladie silencieuse

Dr Nancy Charles Larco a dressé un portrait préoccupant de la situation du diabète en Haïti. Selon elle, 7 % de la population adulte, environ 470 000 personnes, vivent avec le diabète, et la moitié l’ignore encore. Cette méconnaissance retarde la prise en charge et augmente les risques de complications sévères.

Sur des écrans installés dans la salle, des données chiffrées et des messages pédagogiques défilaient en soutien à son exposé, permettant de mieux ancrer les enjeux dans l’esprit de l’auditoire.
La spécialiste a également rappelé que, contrairement aux idées reçues, le diabète n’est pas uniquement lié à la suralimentation ou au statut socio-économique. En Haïti, un type particulier de diabète, souvent identifié chez les enfants souffrant de malnutrition, apparaît précocement, parfois dès 20 à 30 ans, en raison de dommages subis par le pancréas durant l’enfance.

Des chiffres alarmants

La Journée mondiale du diabète, la plus vaste campagne de sensibilisation au monde, touche chaque année plus d’un milliard de personnes dans 160 pays. Elle est célébrée le 14 novembre, date anniversaire de la naissance de Frederick Banting, co-découvreur de l’insuline.

Depuis 1991, la FHADIMAC s’associe à ce mouvement international afin d’informer la population haïtienne et de prévenir les complications débilitantes de la maladie.
Cette année, la campagne met l’accent sur les défis rencontrés par les personnes vivant avec le diabète dans leur environnement professionnel. Le thème retenu cette année : « Diabète et bien-être au travail »

Les chiffres de la Fédération internationale du diabète (FID) sont alarmants :
• 75 % des personnes atteintes de diabète ont souffert d’anxiété, de dépression ou d’autres troubles mentaux liés à la maladie.
• 80 % déclarent ressentir un épuisement associé à la gestion quotidienne de leur condition.
• 40 % estiment que la gestion du diabète au travail affecte négativement leur bien-être psychologique.

Les personnes diabétiques font face à des obstacles persistants : stigmatisation, refus de pauses nécessaires à l’autogestion de la maladie, limitations dans l’accès aux formations, difficultés pour bénéficier d’autorisations médicales, ou encore absence de dispositifs de soutien.

L’assistance à la salle de conférence du MSPP

Un enjeu économique majeur pour Haïti

En Haïti, le diabète touche principalement les adultes âgés de 30 à 70 ans, c’est-à-dire la force active de la nation. Lorsque des travailleurs développent des complications sévères : cécité, amputations, insuffisance rénale, accident vasculaire cerebral, ils perdent leur autonomie professionnelle. C’est alors toute une famille qui bascule dans la précarité, faisant du diabète un lourd fardeau socio-économique.

Quelle est l’action de la FHADIMAC?

À cette question, la diabétologue répond : Consciente des répercussions dramatiques du diabète sur les patients et leurs proches, la FHADIMAC multiplie ses interventions pour améliorer la prise en charge à l’échelle nationale :
• Éducation thérapeutique des patients et de leurs familles (séances en présentiel, visioconférences, vidéos).
• Formation continue du personnel médical.
• Évaluation des complications liées au diabète et aux maladies cardiovasculaires.
• Réduction des amputations grâce à une clinique spécialisée du pied diabétique.
• Accompagnement psychologique individuel et en groupe pour soutenir la santé mentale.
• Extension territoriale, avec l’ouverture récente d’une nouvelle succursale à Jérémie.
• Plaidoyer et lobbying auprès du MSPP pour une meilleure prise en charge nationale des maladies chroniques.

En clôturant son intervention, Dr Larco a insisté sur l’urgence de créer des environnements de travail inclusifs, sécurisés et sensibles aux besoins des personnes vivant avec le diabète.

Elle a rappelé que le bien-être doit être placé au cœur des soins, et que des mesures simples, flexibilité, pauses adaptées, absence de discrimination, peuvent transformer la vie de milliers de travailleurs.
À travers son engagement constant, la FHADIMAC réaffirme son rôle central dans la prévention, l’accompagnement et la sensibilisation du public haïtien. Cette Journée mondiale du diabète résonne ainsi comme un appel national à la solidarité, à la vigilance et à l’action collective.

Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr

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