Dans Coup de gueule, Regard sur l’actualité de la santé, à paraitre bientôt sous la direction de l’ancien secrétaire général du RHJS, Gladimy Ibraïme, vous lirez bientôt ce texte parmi d’autres papiers qui mettent des questions d’intérêt public sous les projecteurs de l’actualité.
La sécurité, un déterminant incontournable de la santé
Retrouver ce texte paru le 26 mars 2021 dans les colonnes du Nouvelliste, signé Louiny Fontal, Gladimy Ibraime et le Dr Odilet Lespérance, est un moment profondément émouvant. Trop tôt arraché à la vie, le Dr Lespérance, premier secrétaire général du Réseau haïtien de journalistes de la santé (RHJS), nous laisse une plume alerte et un verbe puissant. À travers ces lignes, on perçoit le souffle d’un médecin engagé, rappelant avec force que la sécurité est une condition indispensable à la santé et à la vie. Son message, vibrant et intemporel, reste un héritage que l’on se doit de préserver.
La paix est un bien public. Elle mérite d’être cultivée, car elle favorise le calme, la coexistence harmonieuse et constitue un moteur de développement et de prospérité. Mais toute paix s’épanouit dans un climat de sécurité. Physiquement, cette sécurité se traduit par un abri, un environnement qui inspire confiance, à l’abri des risques et du danger.
Or, en Haïti, ce droit fondamental est aujourd’hui bafoué. L’État, détenteur du monopole de la violence légitime, partage ce pouvoir avec des forces criminelles telles que Senk Segonn, 400 Mawozo ou Baz Pilat. Les gangs se multiplient à une vitesse inquiétante, laissant la population paralysée par la peur.
Une barbarie exponentielle
Nous assistons à des sommets de violence inouïs. Les criminels démembrent leurs victimes, publient des vidéos macabres sur les réseaux sociaux, brûlent et consomment certains restes avec jubilation, avant de jeter le reste dans des brouettes comme de simples carcasses animales. Ces images terrifiantes envoient un message clair : Haïti est devenu un territoire où le peuple est livré à lui-même.
Et lorsque la population revendique ses droits, les forces de l’ordre, au nom du gouvernement, répriment brutalement les manifestations populaires. À cela s’ajoute l’insécurité interne : des policiers s’entretuent, fragilisant encore davantage la cohésion nécessaire au bon fonctionnement de la Police nationale d’Haïti (PNH), comme le souligne le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).
La paix et la sécurité sont devenues des denrées rares, pourtant indispensables à la santé et au bien-être de la population. Chaque secteur de la vie nationale est miné par ce « virus » qu’est l’insécurité, qui se propage comme une véritable épidémie.
La santé menacée par l’insécurité
Le Réseau haïtien de journalistes de la santé (RHJS) ne peut rester indifférent face à cette situation. La santé, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), n’est pas seulement l’absence de maladie, mais un état de complet bien-être physique, mental et social. Elle résulte d’une interaction constante entre l’individu et son environnement.
Dans ce contexte, la sécurité est un facteur déterminant de la santé. Sans un environnement sûr, les populations ne peuvent ni se soigner ni vivre sereinement. L’insécurité généralisée menace l’accès aux soins, paralyse les institutions sanitaires et compromet le bien-être physique et psychologique des Haïtiens.
Des faits révoltants
Le 12 mars 2021, l’opération visant à déloger le gang Senk Segonn à Village-de-Dieu a viré au drame : quatre policiers ont été tués, huit blessés et un porté disparu, selon le haut commandement de la PNH. La fondation Je Klere a évoqué six policiers exécutés. Une semaine plus tard, la PNH confirmait la mort de cinq agents.
Le 14 mars 2021, des hommes armés ont pénétré dans l’enceinte de l’Hôpital général de l’Université d’État d’Haïti et ont abattu un patient menotté, sous le regard impuissant du personnel soignant. Depuis, les hôpitaux ne sont plus des havres de soins sécurisés, mais parfois de simples antichambres du danger.
D’autres incidents sont tout aussi graves. À l’HUEH, des bandits ont traîné un patient grièvement blessé hors de la salle des urgences pour l’exécuter. À l’Hôpital universitaire La Paix, en mars 2019, un ex-commissaire et sa compagne ont semé la panique, blessant plusieurs personnes et forçant les patients à fuir.
Un appel à la conscience citoyenne
Ces exemples démontrent l’ampleur de l’insécurité et ses conséquences dramatiques sur la santé publique. Des enfants orphelins, des veuves, des estropiés et des familles entières sombrent dans le deuil et le désarroi, tandis que l’État se contente d’observer ou de publier des communiqués insuffisants.
Le RHJS lance donc un appel à la conscience citoyenne : la paix et la sécurité sont des biens publics essentiels. Leur absence paralyse la société et met en péril la santé de tous. En tant que journalistes de la santé, nous avons la responsabilité de rappeler que sans sécurité, le bien-être physique, mental et social de la population est impossible.
Il est urgent de mobiliser toutes les forces vives du pays pour restaurer la sécurité et, par là même, protéger la santé des Haïtiens.
Auteurs : Louiny Fontal, Gladimy Ibraime, Odilet Lespérance Réseau haïtien de journalistes de la santé (RHJS). Source : lenouvelliste.com
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