Face à un contexte national marqué par la peur, l’insécurité et la crise sociale, des psychologues haïtiens tirent la sonnette d’alarme sur la détresse psychologique des plus jeunes. Lors d’une conférence-débat organisée à Pétion-Ville, l’Association haïtienne de psychologie (AHPSY) a mis en lumière l’urgence de protéger la santé mentale des enfants et des adolescents, souvent oubliés dans les débats publics.
==============
Par Fabiola Fanfan
==============
L’Association haïtienne de psychologie (AHPSY) a organisé, le dimanche 12 octobre 2025, à Pétion-Ville, une conférence-débat autour du thème : « La santé mentale des enfants et des adolescents : comprendre pour mieux agir ». Plus d’une vingtaine de participants ont pris part à cette activité, tenue dans le cadre de la Journée mondiale de la santé mentale.

Dans son discours d’ouverture, la présidente de l’AHPSY, Gihane Dejoie Mathurin, a souligné que cette rencontre visait à explorer des pistes concrètes pour renforcer la prévention, l’accompagnement et la prise en charge psychologique des plus jeunes.
Selon elle, cette année, l’association a voulu attirer l’attention sur un enjeu fondamental : la santé mentale des enfants et des adolescents, un sujet qui fait écho à une réalité de plus en plus préoccupante.
« Nos enfants et nos jeunes grandissent dans un contexte de crise prolongée, d’insécurité, de peur et d’incertitude. Leur équilibre émotionnel est fragilisé, leur monde intérieur souvent bouleversé, et trop de signes de souffrance passent inaperçus ou sont mal interprétés », a déclaré Mme Mathurin.
Dans un pays où la santé mentale est encore largement banalisée, surtout lorsqu’il s’agit de celle des enfants, la présidente de l’AHPSY a rappelé que reconnaître la fragilité psychologique de l’enfance, c’est prévenir des troubles qui peuvent se manifester à l’âge adulte. Elle a insisté sur la nécessité de faire des écoles, des familles et des communautés des espaces d’écoute, de protection et d’empathie.

Briser les tabous autour de la santé mentale des jeunes, promouvoir la prévention et le dépistage précoces des troubles émotionnels, encourager le dialogue entre psychologues, parents et enseignants figurent parmi les engagements prioritaires de l’AHPSY, a-t-elle précisé.
« Prendre soin de l’esprit d’un enfant, c’est investir dans l’avenir d’une nation », a conclu Mme Mathurin, rappelant que dans un pays marqué par la crise et l’insécurité, la santé mentale ne devrait pas être un luxe, mais une nécessité vitale.
Le rôle essentiel des parents et des enseignants
La psychologue clinicienne Mélodie Benjamin a, pour sa part, mis l’accent sur la responsabilité partagée des parents et des enseignants.
« Préserver la santé mentale de nos enfants n’est pas si difficile. Les psychologues jouent un rôle crucial, mais les parents et les enseignants peuvent aussi développer des stratégies pour aider les enfants à maintenir une bonne santé mentale », a-t-elle expliqué.
Elle invite les adultes à éviter d’aggraver la détresse des enfants, rappelant que chaque enfant possède une intelligence émotionnelle et des capacités qui lui sont propres. En s’appuyant sur la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner, elle a insisté sur la nécessité de déconstruire les stéréotypes liés à la réussite scolaire.

À l’école, a-t-elle noté, l’accent est souvent mis sur les intelligences linguistique, logico-mathématique et spatiale. Or, l’intelligence d’un enfant ne se résume pas à ses notes. Les parents et les enseignants doivent donc l’aider à s’épanouir en valorisant ses forces, ses talents et son unicité.
La psychologue a également abordé la question des traumatismes. Elle distingue les traumatismes avec un grand T, liés à des catastrophes naturelles ou humaines, comme celles que vit actuellement Port-au-Prince, et ceux avec un petit t, issus de situations répétitives du quotidien.
« Frapper un enfant, le soumettre à des violences à l’école ou lui refuser un environnement bienveillant, c’est nuire à sa santé mentale », a-t-elle averti. Elle encourage à adopter des méthodes d’encadrement positives et à reconnaître l’importance de la joie, des loisirs et du respect dans l’équilibre psychologique des enfants.
L’adolescence, une période de vulnérabilité
La psychologue clinicienne Johanne Refusé est intervenue sur le thème « Adolescence et vulnérabilité ».
« Durant cette période, les parents doivent rester présents et à l’écoute », a-t-elle recommandé. Elle a expliqué que les transformations physiques, émotionnelles et sociales propres à l’adolescence peuvent fragiliser les jeunes, entraînant parfois des troubles tels que la dépression, qui constitue la deuxième cause de décès chez les jeunes à travers le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Même si les statistiques manquent pour Haïti, la spécialiste observe une augmentation des troubles alimentaires, de la consommation de substances et des troubles anxieux chez les adolescents, souvent liés à la crise actuelle.
Elle a également évoqué la quête d’identité qui caractérise cette période. « L’adolescent doit découvrir qui il est et ce qu’il veut devenir », a-t-elle expliqué. C’est souvent à cette étape que se construit l’orientation sexuelle, influencée par des facteurs biologiques, génétiques ou environnementaux.
Johanne Refusé appelle les parents à valoriser leurs enfants, à leur offrir un cadre sécurisant et à créer des activités qui réduisent le stress. Elle insiste aussi sur l’importance d’observer les comportements avant ou après certaines situations afin de mieux comprendre le message que l’enfant cherche à exprimer.
« La santé mentale, c’est un trésor à conquérir et à préserver en tout temps », a-t-elle conclu.
Fabiola Fanfan
fanfanfabiola10@gmail.com
Lisez cet article de Fabiola Fanfan
Cilquez ici
Harcèlement sexuel dans les médias haïtiens: parler pour en finir avec l’omerta?












Discussion à propos de post