Briser les murs, ce n’est pas seulement ouvrir des portes : c’est redonner souffle à la dignité humaine. Le projet « Santé à travers les murs » porté par Health through Walls ouvre une nouvelle voie pour Haïti : celle d’une santé inclusive, équitable et résolument tournée vers l’avenir.
Une alliance pour la santé et la dignité
Dans un contexte national marqué par l’insécurité, la précarité et la fragilité des structures sanitaires, chaque initiative en faveur de la santé publique est un acte de courage et d’espérance. Le projet « Santé à travers les murs », porté par Health through Walls (HtW), s’inscrit précisément dans cette dynamique. Son lancement, le mardi 14 octobre 2025, à l’hôtel Karibe, en présence du Réseau haïtien des journalistes de la santé (RHJS) dirigé par son secrétaire général Claude Bernard Sérant, marque une étape majeure dans la lutte contre la tuberculose, le VIH et le paludisme en Haïti.
Cette initiative, mise en œuvre par HtW avec Expertise France, et soutenue par des partenaires clés tels que le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), World Vision et ONUSIDA, vise à combler les lacunes programmatiques dans les soins offerts aux personnes incarcérées.
Selon Margarette Bury, responsable de programmes de l’organisation HtW, le projet, qui s’étend de mai 2025 à avril 2028, ambitionne de toucher plus de 11 000 bénéficiaires dans treize établissements pénitentiaires et leurs communautés environnantes. Il englobe les détenus, le personnel pénitentiaire, les familles, les anciens prisonniers et les populations vulnérables. L’objectif : renforcer la prévention, améliorer le dépistage et assurer la continuité des soins, même au-delà des murs.
L’initiative tire sa force d’un constat alarmant : la prévalence du VIH et de la tuberculose est dix fois plus élevée en prison qu’en population générale. Les conditions de détention — surpeuplement, insalubrité, manque d’accès aux soins — exacerbent ces risques. La désorganisation du système carcéral, aggravée par l’insécurité, a amplifié le phénomène, forçant parfois la fermeture de plusieurs établissements et accentuant la promiscuité dans ceux qui fonctionnent encore.
Face à cette réalité, Health through Walls agit depuis près de vingt ans aux côtés des autorités haïtiennes pour réduire la transmission et l’impact de ces maladies. Avec le soutien du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, dont la France est le principal donateur européen, et la contribution d’Expertise France, l’organisation adopte une approche intégrée fondée sur les droits humains, l’équité et l’accès universel aux soins.
Une coopération solidaire au service du droit à la santé
Le lancement du projet a réuni des représentants du MSPP, de l’ambassade de France, de l’ONUSIDA et de plusieurs partenaires internationaux. Le chargé d’affaires Grégory Varennes a souligné la valeur de la coopération internationale, tandis que le Dr Christian Mouala, représentant de l’ONUSIDA, a salué une initiative « porteuse d’espoir » pour les populations vulnérables, rappelant l’objectif mondial d’éliminer le VIH comme menace de santé publique d’ici 2030.
Les résultats attendus sont ambitieux : baisse de la prévalence des trois maladies, amélioration de la détection et du traitement, réduction de la stigmatisation et renforcement durable du système de santé pénitentiaire.
Dans cette mission, le RHJS joue un rôle essentiel. Dès le 15 octobre, vingt-cinq journalistes bénéficieront d’une série de formations en lien avec les thématiques du projet. Informer, c’est d’abord se former : c’est en relayant fidèlement les faits, en donnant la parole aux acteurs et en luttant contre la désinformation que les journalistes participent à la construction d’une société plus juste et plus saine.
Dans un pays aussi vulnérable, la santé n’a pas de murs, elle se propage avec la solidarité, la connaissance et l’engagement. Et lorsque les intelligences humaines et collectives s’unissent pour servir la vie, c’est tout un pays qui se remet à espérer.
Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr
