En Haïti, le cancer fait chaque année des milliers de victimes dans l’indifférence quasi générale. À la salle de conférence du Ministère de la Santé pubique, le Dr Joseph Vilaime Alexis qui préside le Comité de pilotage chargé de mettre en place l’Institut national du cancera brisé le silence. Sans données fiables, sans centre spécialisé ni radiothérapie, le pays reste désarmé. Mais l’Institut national du cancer veut changer la donne.

Dans la salle de conférence du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), en ce lundi 22 septembre 2025, l’ambiance est grave. Devant un parterre de responsables, de diplomates et de partenaires internationaux, le Dr Joseph Vilaime Alexis prend la parole. L’homme qui préside le Comité de pilotage chargé de mettre en place l’Institut national du cancer (INC) tient son discours après l’intervention du ministre de la Santé publique, le Dr Bertrand Sinal et celle du directeur général du MSPP, Dr Gabriel Thimothé.
La voix du médecin porte : « Le cancer en Haïti est une urgence de santé publique ! »
Le ton est donné.
Un état des lieux alarmant
Debout derrière le pupitre, Dr Alexis ne se contente pas de discours. Il déroule les chiffres. Sur les écrans, statistiques et graphiques s’enchaînent. En 2022, selon l’OMS, plus de 23 000 Haïtiens vivaient avec un cancer. Chaque année, près de 14 000 nouveaux cas apparaissent. Plus de 9 000 personnes en meurent.

Chez les hommes, le cancer de la prostate domine. Chez les femmes, ce sont le sein et le col de l’utérus. Haïti détient l’un des taux les plus élevés au monde pour ce dernier : 14 cas pour 100 000 habitants, contre 13 en moyenne mondiale.
Mais ces chiffres restent des projections. Le pays ne possède pas encore de registre national. « Nous travaillons à produire nos propres données d’ici trois ans », promet Dr Alexis.
Un centre d’oncologie en projet
Au-delà du constat, un espoir : la relance de la construction d’un centre de référence en oncologie. « Ce centre soulagera la détresse des malades », affirme le médecin.
Dans la salle, l’assistance écoute attentivement. L’ambassadeur de Taïwan, les représentants de l’OMS, la Brigade médicale cubaine, des cadres du MSPP et des acteurs de la société civile. Tous fixent les écrans où défilent les données.

Les chiffres nationaux
Le Dr Alexis s’appuie aussi sur les données de l’hôpital Saint-François de Sales, l’un des établissements recevant le plus de patients atteints de cancer. Les statistiques sont parlantes :
- Le cancer du sein représente 40 % des cas.
- Les cancers gynécologiques, notamment celui du corps de l’utérus, suivent avec 20 %.
- Viennent ensuite les cancers digestifs.
La tranche d’âge la plus touchée : 40 à 64 ans. Le cœur de la population active.
Une urgence sanitaire
En comparant ces données à celles de l’OMS, le constat est clair : Haïti affronte les mêmes types de cancers que d’autres pays. Mais il lui manque un outil essentiel : la radiothérapie, toujours inexistante.
Pour Dr Alexis, l’Institut national du cancer doit devenir une structure fédératrice, transparente et inclusive. Un projet national. Un projet de dignité.
Et, pour des milliers de patients, une lueur d’espoir.
Texte : Claude Bernard Sérant
Photos : Greslet Étienne












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