Pour Marie Juliane David, en 2025, parler de santé en Haïti relève presque de l’ironie tant le pays est plongé dans une crise multidimensionnelle. Insécurité généralisée, effondrement des structures médicales, conditions de vie insalubres : le bien-être physique, mental et social de la population est gravement compromis. Dans un contexte où survivre prime sur vivre, qu’en est-il réellement de la santé publique ? Le regard critique de notre journaliste basée aux États-Unis explore l’urgence sanitaire qui menace les fondations mêmes de la nation.
Par Marie Juliane DAVID

Des hôpitaux réduits en cendres. Des professionnels de la santé kidnappés, exécutés. Des familles entassées dans des abris précaires, cyniquement appelés « camps de déplacés », exposées à l’insalubrité, à la promiscuité, à la peur. Elles ont fui leurs maisons, chassées par la violence, sans perspective de retour. Dans les rues de Port-au-Prince et des villes de province, les ordures s’accumulent à chaque coin, à chaque recoin. Les rafales d’armes automatiques résonnent du matin au soir. Des corps sans vie, en état de décomposition avancée, jonchent les trottoirs, croisés à chaque pâté de maisons. L’angoisse d’être abattu par une balle perdue ou torturé par des criminels armés est omniprésente. Et plane, partout, cette peur viscérale de tout perdre en quelques secondes : sa vie, sa famille, le fruit de longues années de sacrifices… Et ce n’est là qu’un début.
Dans un tel contexte, comment évoquer la santé ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne la définit-elle pas comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et non pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité » ? Aujourd’hui, peut-on sérieusement parler de bien-être, qu’il soit physique, mental ou social, au sein de la population haïtienne ?
La sécurité nationale en question
Le premier élément à considérer est bien la sécurité nationale. Pour rappel, la sécurité constitue à la fois un droit fondamental et un besoin vital pour tout être humain. Elle se trouve au deuxième niveau de la hiérarchie des besoins dans la pyramide de Maslow. Et lorsqu’on parle de sécurité, il s’agit d’un concept global, incluant notamment la santé publique.
Tout individu a besoin de sécurité personnelle – incluant la protection contre toute forme de violence physique –, de sécurité économique pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, de sécurité sanitaire impliquant un accès adéquat aux soins et aux services médicaux, de sécurité sociale et familiale favorisant l’interaction dans un environnement stable et sain, et enfin de sécurité psychologique et morale, indispensable à des relations interpersonnelles et intrapersonnelles équilibrées.
Le stress comme maladie nationale
Lorsque ces besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, c’est le stress qui s’installe. Ce dernier, défini par l’OMS comme « un état de tension mentale ou émotionnelle provoqué par une situation difficile », est un facteur aggravant de nombreuses maladies chroniques, incurables et parfois mortelles, telles que le diabète, l’hypertension artérielle, les cancers ou encore les maladies cardiovasculaires.

Arrêtons-nous un instant. Fermons les yeux. Tentons d’imaginer l’état de santé de notre jeunesse, de nos confrères et consœurs, tous contraints de vivre avec un stress quotidien, omniprésent et corrosif. Avez-vous maintenant une idée, même approximative, de l’ampleur de cette catastrophe silencieuse ? Notre population est malade jusqu’aux entrailles. La santé de notre nation est gravement compromise. L’heure est à l’urgence.
Responsabilité collective et appel à l’action
Où sont passées nos autorités sanitaires ? Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ? Quelles politiques sont actuellement mises en œuvre pour répondre aux besoins sécuritaires, tant individuels que collectifs ? Que fait-on pour restaurer le bien-être physique, mental et social du peuple haïtien ?
Ces interrogations concernent non seulement les autorités sanitaires, à commencer par le MSPP, mais également les forces de l’ordre, les décideurs politiques, et chaque citoyen. Pour sauver la santé de la population haïtienne, il faudra une action collective, coordonnée et urgente.
Marie Juliane DAVID
mariejulianedavid@gmail.com












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