Dr Nadia Phaïmyr Jean-Charles est morte. Le cœur du Réseau haïtien des journalistes de la santé (RHJS) saigne. Que de professionnels sont tombés brutalement sous les armes. Qu’elles soient des armes à feu, des armes blanches ou contendantes, elles témoignent de la violence qui ronge notre société. Au mois de mars dernier, dans un éditorial de notre secrétaire général, nous déplorions l’assassinat de l’ancien secrétaire d’État à la population et au développement humain, le Dr Laurent Beaugé, 57 ans, tragiquement assassiné.
Et la spirale de la violence continue. Dr Nadia Phaïmyr Jean-Charles a été arrachée à l’affection de ses proches, de sa famille et de notre système de santé.
Elle croyait dur comme fer dans son pays. Haïti vivait dans son coeur. Elle croyait en sa jeunesse. Elle avait la foi sur le socle de l’assurance dans la santé publique. En sa personne se dégageait la force de l’engagement. Aujourd’hui, le nom du Dr Nadia Phaïmyr Jean-Charles s’ajoute à une liste tragiquement longue de professionnels de la santé assassinés dans un pays qui semble dérailler. Elle a été tuée dans la nuit du 10 au 11 mai 2025, poignardée dans sa propre maison, à Delmas 75. Une mort brutale, crue, qui saigne les cœurs et interpelle toute une société.
Sa vie ? Un modèle. Issue de la première promotion de la faculté de médecine de l’Université Notre-Dame d’Haïti, elle avait poursuivi ses études en épidémiologie en Belgique. Puis, en 2012, elle intègre le programme FETP du CDC, où elle ne tarde pas à s’imposer comme l’une des plus brillantes formatrices en santé publique. Nadia était cette voix douce et convaincue, ce sourire qui éclaire une salle, cette présence engagée, rassurante et solidaire.
Elle avait choisi Haïti
Elle avait le choix. Elle avait sa résidence canadienne depuis plus de 15 ans. Mais elle avait choisi Haïti. Elle croyait, envers et contre tout, que son travail ici avait du sens. Qu’il était utile. Elle s’accrochait à cette idée que former des épidémiologistes, aider le ministère de la Santé, sauver des vies durant les épidémies était une mission noble. Jusqu’à son dernier souffle.
Ceux qui l’ont connue parlent d’une femme de discipline, de rigueur et de dévouement. Une âme rare. Une battante. Une soeur d’Haïti.
Mais voilà. Nadia est tombée. Comme le Dr Laurent Beaugé, pneumologue et ancien secrétaire d’État à la Population, assassiné en mars 2025. Comme le Dr Ernst Paddy, tué devant sa clinique à Chemin des Dalles, en 2021. Comme tant d’autres médecins, infirmières, professionnels du soin, emportés par cette spirale de violence qui ravage le pays.
Comment garantir le droit fondamental à la santé sans ceux qui la dispensent ? Comment espérer guérir un peuple alors que ceux qui soignent sont traqués, tués, kidnappés ? Les hôpitaux ferment. Les blouses blanches s’exilent. La peur gagne. L’espoir recule.
Nous devons dire stop.
Cet article est un cri. Un appel à l’État haïtien : protégez vos citoyens. Protégez ceux qui, jour après jour, bâtissent l’éducation, la santé, la vie même. Il est temps de remettre la dignité au cœur de la gouvernance. Il est temps de désarmer la folie.
Ceci est aussi un appel à l’international. À tous ceux qui regardent Haïti, émus, impuissants, mais encore trop silencieux. Le peuple haïtien est en danger. Il faut cesser de banaliser l’insupportable. La solidarité internationale doit prendre acte : il ne s’agit plus d’assistance, mais de sauvetage.
Enfin, c’est un appel à nous tous. Là où l’on cultive la haine, semons la paix. Là où l’on glorifie les armes, brandissons la parole. Haïti n’a pas besoin de plus de cercueils, mais de plus de conscience. Il faut que cela cesse.
La culture de la mort n’est pas une fatalité. Elle est le fruit de nos choix, de nos silences, de nos complicités parfois passives. Et elle peut être renversée.
Dr Nadia Phaïmyr Jean-Charles, par ton engagement, tu as semé la vie. Que ta mémoire devienne un phare dans cette nuit. Que ton nom, que ton courage, nous rappellent qu’aucune société ne peut survivre sans justice, sans soin, sans amour de la vie.
La rédaction du RHJS
