André Fouad, poète, diseur, auteur de plusieurs recueils de poèmes, est un historien de l’instant. Sa plume porte à l’attention du public les faits culturels de nos artistes. Toute la passion du poète-journaliste réside dans l’art de brosser le portrait des étoiles haïtiennes. En Amérique du Nord où il a posé ses valises – dans les grandes villes des Etats-Unis et du Canada – l’homme passe son temps à cristalliser nos valeurs à travers leurs œuvres. Sur les pages du RHJS, Fouad éprouve le bonheur de nous faire découvrir Medjy Toussaint. Comme il l’écrit lui-même dans ce papier : « Médjy est lié certainement à deux cultures majeures : celles d’Haïti et du Canada.»
Par André Fouad
Je suis un amoureux fou de la musique fusion, la musique hétérogène .Voilà pourquoi des groupes et artistes m’interpellent, peu importe leurs langues, leurs crédos, leurs chapelles : c’est le cas des Beatles du guitariste britannique John McLaughlin, de Fela Kuti, de Manu Dibango, d’Herbie Hancock.

Chez nous, une pléïade de stars illuminent notre ciel musical : Carribean Sextet, Zèklè, Boukman, Magnum, Tabou, Foula, et plus près de nous, Carimi, King Posse, feu Mikaben, Zafèm, la sensation de l’heure, Médjy Toussaint, ex-membre du groupe Enposib très appréciée par la gent juvénile.
Né à Montréal, ville connue pour son multicuralisme, son métissage linguistique. Ville de contrastes où ”le soleil est toujours froid comme la mort”, vers célèbre de René Philoctète, poète de la grande célébration humaine.
Médjy est lié certainement à deux cultures majeures : celles d’Haïti et du Canada. Il est tout à fait normal que son œuvre, que ce soit avec son groupe Enposib ou à titre individuel, porte l’étiquette de la diversité. Une diversité réfléchie et surtout consciente.
Sensible par rapport à ce qui se fait actuellement dans le paysage musical planétaire où l’on assiste à l’invasion de l’afro-beats avec ses dignes représentants tels que Burna Boy, Wizkid, Rema, Davido. On se souvient du succès qu’a connu le reggaeton (fusion du dancehall et du reggae) des Latino-Américains durant les années 2000 avec Daddy Yankee, à la retraite, et Don Omar.
Après sa brillante performance à la Place Bell (Laval), le samedi 22 février 2025 devant un public surchauffé qui a bravé les flocons de neige, le froid si rigoureux, j’ai pris l’immense plaisir de réécouter son opus publié il y a deux ans titré bizarrement ”48 Rebecca”, qui, à mon avis, se caractérise par sa richesse mélodique, ses bruitages, sa modernité, sa diversité mêlant afro-beat, soul, hip-hop, R and B, Bossa nova ; ses arrangements ”catchys” linéaires.
Son écriture est urbaine, dépouillée, osée , avec l’utilisation des métaphores, des jeux de mots, des anglicismes récents dans la chanson pop française. C’est le cas du rappeur Youssoufa et de la chanteuse Aya Nakamura, qui a performé à l’ouverture des jeux Olympiques 2024 à Paris.
A travers les dix(10) pièces dont « Pasyante, Jou dega, Mèsi bokou », il aborde des sujets liés à l’amitié, aux relations d’ordre sentimental si nébuleuses à l’heure des Tiktok et des Instagram. Dans “Pasyante”, que j’affectionne tant, il nous invite à garder la tête haute malgré les ombres du quotidien qui nous agacent et qui nous tournent en dérision sur les grands écrans de la nuit.
Il nous encourage à faire cette grande introspection pour pouvoir découvrir tout ce qui est beau, gigantesque, fabuleux qui sommeillent en nous en tant que citoyens du cosmos.
”Pran vi w
chanje tenmpo
sa ka pran tan
men w ap kontan”
Tout comme Pierre Jean, Jeanjean Roosevelt, Paul Beaubrun, Tafa mi-soleil, Kenny Haïti, le talentueux Medjy peut espérer de beaux lauriers sur l’échiquier international car la fougue, la confidence et le charisme constituent jusqu’à présent ses points forts à l’adresse magique de 48 Rebecca.
André Fouad
andrefouad@yahoo.fr
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