Jusques à quand les populations dans les camps de déplacés continueront-ils de souffrir ? Jusques à quand les populations souffrantes d’Haïti resteront-t-elles à la merci des bandits armés ?

Une vie ne vaut plus rien en Haïti. Le sang n’arrête pas de couler. Rivière de sang sous le ciel d’Haïti. Personne n’est épargné. Dans les quartiers vulnérables aussi bien que dans les quartiers résidentiels, les semeurs de la mort tuent de sang froid. Des cadavres sont laissés derrière eux. Ils volent, violent, pillent et mettent le feu partout où ils sont passés.
Mais d’où viennent-ils, ces bandits ?
Ils ne sont pas tombés du ciel.
Quelle culture a-t-elle fabriqué cette race d’hommes et de femmes dont la sauvagerie dépasse les limites ?
C’est atroce ce qui est en train de se passer en Haïti.
Face à nos cris de détresse
Aujourd’hui, les gens arrivent de partout. Baluchons en main, valises craquant d’objets importants sur la tête, ils cherchent un abri provisoire. Les femmes, un gosse dans une main, deux ou trois autres enfants tenant leur jupe, elles hurlent de douleur. Des balles chantent au-dessus de leur tête ; elles courent à droite à gauche tout en implorant le ciel. La terre ne répond plus à leurs cris de détresse.
Aucun point géographique du globe n’a contact avec Haïti, un pays enveloppé dans sa grande solitude. Les yeux du globe, paupières lourdes comme des calottes de plomb, sont fermés sur Haïti. Outre la vue, le béton, coulé dans toutes les voies auditives, n’offre nul accès aux flux de paroles, aux plaintes, aux jérémiades et toute une atmosphère réchauffée de lamentations. La surdité du monde est profonde envers Haïti. Criez ! Criez de plus en plus fort ! Ces colères et fureurs existentielles sont considérées comme du vent. Du vent que nous respirons nous-mêmes et qui nous empoisonne.
- Allô! Allô!
- Ferme-la!
- Fèmen dyòl ou!
- Shut up!
- Cierra el pico!
- Cala a sua boca!
- Allô! Hello!
Il semble qu’Haïti n’est plus visible sous aucune latitude et de longitude. Le monde ne répond plus.
Moral cassé
Plus les jours, plus les heures passent, les déplacés envahissent les camps. Ils sont aux abois, ils crient au secours. Personne n’est à l’abri.
En ce mois de novembre, les bandits sont devenus plus furieux.
Peut-on continuer à regarder, sans mot dire, un peuple aux mains vides. Les filles du peuple subissent des viols collectifs. Elles sont martyrisées et deviennent les jouets de ces hommes sans foi ni loi.
On assiste, impuissant, à une sanglante défaite de notre République.
Le moral du pays, cassé. Nos mains, coupées.
À l’ère de l’Internet, le public est terrassé par un cruel dilemme. Noyé sous une tonne d’informations, il n’arrive pas à débusquer l’info de l’infox.
Le peuple est déboussolé devant un raz-de-marée d’informations rapide, immédiate, émotionnelle, spectaculaire qui bousculent une information recueillie, vérifiée, traitée, hiérarchisée, mise en forme à travers une écriture, selon la déontologie du média traditionnel, qui réclame : clarté, recul, mise en perspective avant d’être publiée.
Qui croire que croire dans cette course sanglante vers l’effondrement de la collectivité ?
Nous avons atteint une capacité de destruction jamais égalée.
Les bandits, à fleur de l’âge, disposent des armes de guerre qui les rendent si puissants qu’ils n’éprouvent aucune peur pour affronter les forces de l’ordre. Investis d’une telle puissance dans une société où la corruption est à l’état endémique, ils avancent avec zèle dans leur mission destructrice.
Nous avons perdu notre humanité.
La perte de notre humanité remonte de très loin. Dès lors que l’intérêt supérieur de la nation n’est inscrit dans la finalité de celles et de ceux qui nous dirigent, nous sommes perdus.
Nous ne valons plus quelque chose aux yeux des autres fatigués de regarder les mêmes images abominables d’Haïti.
Pas besoin de nous faire un dessin.
Plus que jamais, partout ailleurs, on veut chasser les Haïtiens. On ne s’embarrasse plus de gêne. Tout comme nos dirigeants, nous, de notre côté, nous devenons plus culotté avec le temps. Frisant l’indignité, « Nou vin pi san wont ».
Où sont passées les belles fictions?
Nous sommes tombés si bas que notre sensibilité à faire société s’est émoussée pour faire place à la sécheresse d’un individualisme qui ramène tout à lui-même, sans penser que le citoyen a des droits et aussi des devoirs envers la collectivité.
Dans un esprit détaché de l’intérêt collectif, l’individualiste exacerbé n’éprouve aucun sentiment pour ses concitoyens. Libre de toutes attaches avec son milieu, sa communauté, sa patrie, il s’en balance des problèmes qui affectent son pays. À partir du moment qu’il trouve un avion, un hélicoptère pour aller retrouver sa famille à l’étranger, quel problème !?
Le monde peut bien s’effondrer.
C’est dans un tel désastre moral et de délabrement physique que le deuxième État indépendant d’Amérique après les États-Unis, la première république noire du monde, le seul territoire francophone indépendant des Caraïbes, Haïti, se retrouve 220 ans après son indépendance.
Où sont passées les normes du droit international ?
Le mythe des droits de l’homme doit-il s’éteindre dans l’imaginaire des peuples qui n’ont pas la bénédiction des puissants ?
À quand la résurrection de ces belles fictions qui alimentent d’énergie les valeurs qui nous guident comme boussole et qui nous lient à toute l’humanité ?
Jusques à quand Haïti continuera-t-elle à plonger dans l’abime ?
Attention ! Peuple en danger !
Haïti existe et résiste, même si aux yeux de nombre de « bien pensants » Haïti n’existe pas.
Jusques à quand la réalité de cet effondrement s’imposera-t-elle à la conscience du monde ?
Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr
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