
Deux balles. Un bébé reçoit deux balles dans le ventre même de sa mère. À Martissant. Le jeudi 5 août 2021. Le bébé succombera de ses blessures à l’hôpital. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux sont révoltantes. Le petit corps de l’enfant est troué au postérieur et au ligament antérieur du tarse. À son nez, une canule d’oxygène. Dans le quartier de Martissant où est survenu ce drame, ce n’est pas une nouvelle. C’est le quotidien des riverains et des passants face à des bandits armés soutenus par la grande mafia qui a mis la vie sous chloroforme en Haïti.
Le quotidien à Martissant est insoutenable. Des jeunes armés jusqu’aux dents tirent sur tout ce qui bouge. Chaque macchabée rapporte douze mille cinq cents gourdes aux gangs. Une famille qui ne veut pas que le corps d’un être cher soit dévoré par des chiens ou des porcs doit faire vite. L’argent récolté servira à l’achat de cartouches.

Martissant est devenu un nouveau terrain de jeu pour ces jeunes en quête d’émotions fortes. Le sang des martyrs continue de couler à Martissant. « Ma san, san mati kontinye ap koule Matisan ».
Un être fragile baignant encore dans le liquide amniotique, substance qui le protège contre les chocs, est arraché brutalement à la vie mystérieuse in utero. Il devait passer neuf mois dans cet Eden où il n’a pas besoin de crier pour se nourrir. Ses cinq sens devraient s’éveiller au contact de ce cocon maternel devenu poreux. La mère a reçu plusieurs projectiles. Transportée à l’hôpital, elle est plongée dans un état critique. L’image de cette femme couchée sur le dos, ses tripes étalés à côté d’elle, révulse le cœur des âmes sensibles.
Sur les ondes de radio Caraïbes, le mardi 10 août, l’ex-maire de Carrefour, Yvon Jérôme, a poussé un grand cri. Il a considéré l’extinction de la vie de ce bébé comme un mort de trop, un acte de barbarie qui révolte la conscience. Il s’est adressé à nos dirigeants et aux citoyens en particulier afin de venir en aide à cette femme qui a besoin de soins et d’encadrement après avoir survécu à ce drame.
Une quête de sens dans l’horreur
Les réseaux sociaux s’enflamment. Celui qui a commis cette action vit de grands moments dans sa vie de désœuvré qui prend un sens dans l’horreur.
Lâchés sur une population démunie, vulnérable et sans arme, tous les bandits unis pour détruire la République doivent se sentir « quelqu’un » puisqu’ils reçoivent continuellement leur ration de munitions pour continuer à terroriser.
Comme ils doivent se sentir superpuissants en ayant dans les mains des armes de tous calibres pour abattre les usagers de cette artère de la capitale livrés à eux-mêmes.
Face à un État faible, les bandits, motivés, la conscience morte, couverte par celles et ceux qui leur délèguent le pouvoir de tuer, étendent leur territoire pouce par pouce. Leur appétit finira par devenir vorace.
Que fait l’État ? N’est-il plus disposé à servir la population ? La protéger par exemple, lui rendre justice, l’éduquer.
L’État a pour mission de s’impliquer dans les services qui concourent à la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne sur tout le territoire. Martissant, Village-de-Dieu, Grand-Ravine, Bel-Air, Cité Soleil, considérés comme des zones rouges, font partie de notre assiette territoriale. Les populations de ces territoires fragilisés par des affrontements armés ont droit à des services sanitaires, nutritionnels, sociaux, culturels, sportifs, environnementaux, etc. Tout ce qui relève du bien-être de son peuple participe de la grandeur du pays.
Pour combien de temps l’État haïtien gardera-t-il cette posture effacée qui fait douter de son autorité à faire exécuter la loi et à rendre sa bienfaisance à une nation qui veut enfanter magnifiquement la vie ?
Regardez ce peuple mutilé. Il est écrasé, piétiné pendant qu’il est par terre, et voilà que les bandits s’engagent désormais à détruire la vie de ce peuple dans l’œuf.
Claude Bernard Sérant
Source : lenouvelliste.com
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